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15/09/2011

Anne-Cécile, 27 ans, déléguée générale d’une ONG

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Anne-Cécile a accepté de parler à visage découvert. Ca ne la dérange pas, cette militante féministe du Parti Socialiste originaire de Nancy a l’habitude de dire ce qu’elle pense sans détours. Elle a la politique et le combat dans le sang, se définit comme une « guerrière » et une « romantique dans l’âme » pour qui « tout ce qui est matériel est une coquille ». Ce qui la fait vivre, elle, ce sont les « relations humaines ».

Ses valeurs de gauche, elle tente depuis toujours de les appliquer dans sa vie quotidienne. Par exemple il y a deux ans, elle n’a pas hésité à quitter un poste confortable dans une grande multinationale pour une mission moins bien payée dans une association de solidarité internationale où elle aide les populations pauvres du Nicaragua. Aujourd’hui, elle gagne 300 euros de moins qu’avant, mais éternelle optimiste, déclare que ses 1750 euros de revenus sont raisonnables puisqu’ils lui permettent de « payer ses factures et son loyer ». Pour Anne-Cécile, BAC+5, ce n’est pas tant le salaire fixe qui est important, mais plutôt le « paquet de compensations », c’est-à-dire tous les avantages qu’elle peut trouver à côté. Dans son cas, cela se traduit par de fréquents voyages professionnels en Afrique ou en Amérique du sud, mais aussi par l’organisation personnelle de son temps de travail : « Je ne pointe pas, c’est fou ! Cette liberté n’a pas de prix car comme je peux m’organiser comme je veux, je peux aussi militer comme je veux ».

Auparavant, Anne-Cécile pointait mais elle n’était pas heureuse dans son travail : tout était trop répétitif, fermé, et on ne la laissait prendre aucune initiative. Pourtant à l’époque, elle pensait avoir décroché le gros los : alors qu’elle cherchait un stage de fin d’études en avril 2008, c’est un CDI qu’on lui a alors proposé. Finalement, le cadeau s’est révélé plus au moins empoisonné mais Anne-Cécile ne regrette rien et avec le recul, elle réalise même sa chance : « Quand la crise a éclaté en novembre 2008, j’étais alors bien tranquillement dans mon CDI alors que toutes mes copines arrivaient sur le marché du travail. Elles ont perdu un an et moi pas. » Depuis, elle a changé de poste, vit désormais de sa passion mais son salaire a diminué, alors il faut désormais faire plus attention aux dépenses. Contrairement à d’autres jeunes de son âge, ce n’est donc pas la crise qui est responsable de sa perte de pouvoir d’achat mais plutôt ses choix à elle : « Ce n’est pas tant la crise que j’ai senti, c’est surtout le fait d’avoir changé de travail et d’avoir un plus petit salaire. La crise n’a rien changé, j’ai surtout eu plus de copines déprimées à la maison ! ».

D’ailleurs, cette crise dont tout le monde parle ne l’angoisse pas plus que cela : « La précarité et les inégalités augmentent, c’est sûr, et il faut les combattre, mais on a la chance de vivre dans un pays incroyable où il y a encore quelques stabilisateurs économiques (…) J’ai des amis qui viennent d’Amérique latine et chez eux, une crise c’est vraiment grave : à part pour les très riches, tu perds tout ton argent, ta maison et tu peux te retrouver à la rue. Là-bas, peu de service publics, pas d’allocations, pas de RSA. Tu peux tout perdre du jour au lendemain.»

En France, il est vrai que pour faire face à la précarité grandissante d’une partie de la population, le gouvernement Fillon a mis en place le RSA en juillet 2009 et cette mesure est d’ailleurs la seule chose qu’Anne-Cécile a aimée dans le quinquennat Sarkozy. Autrement, elle qui ne cesse de se révolter contre les inégalités en tout genre, estime que le Président n’a rien fait pour arranger les choses. Pis, il aurait aggravé la situation avec son style « de droite décomplexée à favoriser ouvertement les plus aisés, à ne pas tenir ses promesses vis-à-vis d’ouvriers qui comptaient sur lui, cet irrespect pour des personnes qui ont des vies plus compliquées et plus humbles, son espèce de truc pour le fric et pour ceux qui ont de l’argent. »

En 2012, c’est sûr, elle votera pour le candidat désigné du Parti Socialiste. Peu importe lequel d’ailleurs. Et elle continuera à militer afin que le sujet qui lui tient le plus à cœur, celui des inégalités hommes-femmes, soit au cœur du débat. Elle a hâte de partir en campagne électorale, « ça bouillonne de partout, tout le monde est survolté, c’est les grands moments de la République ».


Julia Van Aelst

18:01 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cdi, crise, féminisme, gauche, ong, ps, rsa | |  Facebook | |  Imprimer |

05/09/2011

Elsa, 26 ans, Journaliste

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Elsa* est une jeune journaliste de 26 ans aux cheveux blonds et au regard bleu qui habite dans l’ouest parisien, un quartier qu’elle aime et qu’elle n’a pas voulu quitter après une enfance passée dans l’appartement haussmannien d’une famille aisée, bourgeoise.

Depuis trois ans et la fin de ses études à Sciences Po et l’université de Dauphine, elle travaille de jour comme de nuit pour une grande chaine d’information française. Il y a trois ans, c’était 2008 et la chute de Lehmann Brothers.  Elsa est donc entrée sur le marché du travail en pleine hécatombe économique et financière. Elle ne s’y attendait pas : dans le milieu des Grandes Ecoles, il était alors de bon ton de promettre une certaine prospérité à ces étudiants considérés comme la future élite. Mais en 2008, les choses ont changé et depuis, les rêves professionnels se sont dissipés : « Aujourd’hui je m’estime heureuse d’être active pour une journaliste, mais la crise me bride. Par exemple, j’aimerais partir travailler à l’étranger mais je ne le fais pas car j’ai peur de ne pas retrouver un poste à mon retour. La crise nous oblige à nous enfermer sur ce que l’on a ».

Pour combler son besoin d’ailleurs et de voyages, Elsa consacre une partie de son budget à des week-ends en Europe. Son idéal ? Un week-end par mois en dehors de Paris qu’elle juge rapidement étouffant, mais ce n’est pas toujours possible. Alors elle sort dans la capitale, voit beaucoup ses amis qu’elle considère comme une condition à son bonheur et à son équilibre : « J’aime savoir que je suis bien entourée, qu’il y a des gens sur qui je peux compter quand je rentre le soir et avec qui je peux aller boire des verres quand j’ai eu une sale journée. »

Ses week-ends en France ou en Europe font d’ailleurs partie de son budget mensuel. Elle gagne en moyenne 2000 euros par mois en piges. Elsa se sent bien lotie, aimerait certes gagner un peu plus, mais l’argent n’est pas sa priorité : « Je ne cherche pas à gagner 4000 euros par mois, je n’ai pas besoin de plus. Pour moi, le bonheur ne passe pas par l’argent, si tu peux toujours partir en voyage ou avoir la voiture que tu veux, quel est l’intérêt ? »

Pourtant, avec ses 2000 euros par mois, la jeune journaliste a bien conscience qu’elle doit faire attention. La vie est chère à Paris, et avec son budget, elle n’a ni les moyens d’investir en immobilier, ni de s’offrir une voiture, qui selon elle, est « un gouffre financier ».  Et Elsa reste inquiète. Elle ne sait pas de quoi demain sera fait et comprend qu’il est loin le temps de la sécurité dont bénéficiait la génération de ses parents. Les siens, qui ont fait toute leur carrière dans la même banque, appartiennent à un électorat de droite traditionnelle. Leur fille a pour le moment, suivi leurs traces.

En 2007, encore étudiante à Sciences Po, elle avait écumé les meetings politiques de tous les partis et voté Sarkozy aux deux tours. Aujourd’hui, cette farouche pro-européenne qui se fait un devoir de voter à chaque élection, juge le bilan économique du Président plutôt positif : « La France s’en sort relativement bien comparé à d’autres Etats européens. Je trouve que la crise a été bien gérée et Sarkozy a été volontaire ». Et même si la jeune journaliste qu’est Elsa n’a pas été d’accord sur toute la ligne politique de Sarkozy, elle revotera pour lui en 2012, « faute d’alternative crédible et vu la crise dans laquelle on est ».  


Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

17:27 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

 
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