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03/11/2011

Margot, 21 ans, étudiante à AgroParisTech

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Margot, 21 ans, tente de profiter au maximum de ses dernières années de vie d’étudiante. A côté de ses cours à AgroParisTech, grande école formant des ingénieurs agronomes, elle sort, fait beaucoup de sport, reçoit souvent du monde à dîner dans son petit appartement, non loin de la rue Mouffetard. Elle lit beaucoup aussi, va voir des expositions, et rencontre du monde au gré de ses sorties. Cette vie d’étudiante presque insouciante, en tout cas légère, n’est que bien méritée : durant trois longues années en classe préparatoire scientifique, Margot s’est battue pour cette intégration en grande école.

En tant qu’étudiante, Margot ressent peu la crise. Elle se dit « protégée ». Elle trouve simplement la vie chère depuis qu’elle a quitté le foyer familial et vit avec son petit ami. Ils partagent le loyer de l’appartement, paient 300€ chacun, bénéficient des aides au logement. Heureusement Margot est peu dépensière, a beaucoup d’économies derrière elle et est hôtesse d’accueil en parallèle de ses études. Cela lui permet de payer son loyer, et son permis qui lui coûte cher, 900€.

Mais les années de la vie étudiante passent vite et dans un an et demi, Margot se retrouvera sur le marché du travail, devra trouver son premier emploi, connaîtra peut-être les premières galères des jeunes diplômés. Aujourd’hui, tout cela lui semble loin. Ce qui lui fait peur, ce sont « les autres », voir « qu’ils ont un projet, qu’ils savent où ils vont ». Car pour Margot, l’avenir reste flou, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire, simplement que les domaines de la biologie marine ou de la recherche en neurosciences lui plaisent plus que les autres. Alors comme pour parer à la crainte de ne pas encore savoir, Margot tente de garder confiance en elle et en l’avenir: « au final j’arrive à faire les bons choix, je m’en sors toujours ».

Finalement à 21 ans, Margot semble emportée par ses aspirations personnelles, loin devant la recherche d’un bon salaire. Ce n’est pas sa priorité, contrairement à certains de ses camarades de promotion qui eux, malgré une formation en ingénieurs agronomes, ont les métiers de la finance en ligne de mire et « disent clairement qu’ils sont là pour faire de l’argent ». Malgré cela, elle redoute le grand saut dans la vie active car ce que Margot redoute le plus, c’est de « perdre sa liberté », elle qui a horreur du « train-train » : « J’ai peur de rentrer dans un métier, de me lever tous les jours à la même heure, de faire tous les jours la même chose, de m’ennuyer. J’ai besoin de mouvement, j’ai très peur de l’ennui. ». Et là où elle étudie, on parle peu de « l’après » : « Ils ne nous disent pas à quoi tout cela débouche, à quoi sert ce que l’on apprend. C’est le problème du système français, c’est trop théorique et on ne sait pas où l’on va ».

En 2012, ce sera la première fois que Margot votera à des élections présidentielles. Elle a hâte, se dit excitée car le vote lui est fondamental : « J’aime bien voter, j’ai l’impression d’avoir un peu d’importance, un peu de poids sur le futur de la France. C’est important pour moi de donner mon avis. Je trouve qu’on nous demande pas assez notre avis ». Son avis à elle, c’est que les récentes escarmouches gauche – droite durant les primaires socialistes lui ont fait penser à une « cour de récréation ». Et Margot est profondément agacée. Elle repense par exemple aux « blagues sur le « fromage de Hollande à pâte molle » après la primaire ». Etait-ce nécessaire ? Et Margot, même si elle n’est « pas fan » de François Hollande, votera quand même pour lui.  Mal à l’aise avec le style de Nicolas Sarkozy, « sa manière de s’exprimer, sa nervosité », elle lui reproche surtout d’avoir dégradé l’image de la France à l’étranger : « Brice Hortefeux a tenu des propos racistes et injurieux sur les Roms. Ce sont des choses qui me touchent plus que les bilans économiques ».


Julia Van Aelst

13:21 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

27/10/2011

Thibault, 29 ans, créateur d'entreprise

 

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C’est au plus fort de la crise financière, en mai 2009, que Thibault a décidé de créer son entreprise. Fraîchement sorti d’un Master en Entreprenariat à l’EM Lyon, il avait alors 27 ans et venait juste de se faire licencier après un court passage dans une grande entreprise. D’une certaine manière, c’est cette crise tant conspuée qui lui a permis d’accoucher de son projet, de concrétiser son rêve : « La crise m’a poussé à créer au départ, ça a été comme un électrochoc. J’ai été licencié et après j’ai créé mon entreprise. Tour le monde me disait : tu es fou de créer une entreprise en pleine période de crise ».

Aujourd’hui, Thibault ne regrette rien. Il va même plus loin, estime que c’est grâce au plan de relance instauré par Nicolas Sarkozy en 2008 que sa petite entreprise est toujours sur pieds. Ces mesures, comme par exemple l’exonération de certaines charges la première année de la création d’une entreprise, lui ont permis de réduire ses dépenses et donc de continuer à faire vivre son projet.

Thibault a maintenant 29 ans. Sa petite entreprise vend des services à la personne : ménage, repassage, garde d’enfants, aide aux personnes âgées… Le créneau est porteur. Il emploie 9 salariés en CDI à temps partiel, crée de la valeur, des "emplois bien humains", c’est important pour lui.

Pourtant, la vie de tous les jours n’est pas des plus facile pour ce jeune chef d’entreprise. Thibault gagne le SMIC et travaille 12h par jour, et souvent une partie des week-ends, samedi et dimanche inclus. Il s’en sort car il ne paie pas de loyer, ses parents lui prêtent un studio. Le rythme de travail est assez solitaire, Thibault travaille seul de chez lui, écoute la radio BFM pour lui tenir compagnie. Arrive-t-il à faire des économies personnelles ? Non. Il parvient simplement à garder de l’argent pour ses vacances, une semaine par an. Cette année, il est parti faire du voilier, la mer lui fait du bien. Thibault garde tout de même le sourire, se dit optimiste, estime que ça y est, l’entreprise marche car il arrive enfin à se « dégager un salaire en plus de celui des salariés » et car « il ne perd plus d’argent ».

A côté de cet optimiste de façade, on ressent comme une profonde colère chez ce jeune entrepreneur. Il se demande pourquoi il y a un tel manque de reconnaissance et pourquoi la société ne porte pas toujours un regard bienveillant sur les créateurs d’entreprise : « On est utile pour la société, quand on créé son propre emploi c’est déjà bien, cela veut dire qu’on est pas une charge pour la société. Si tu arrives à créer d’autres emplois, je trouve que c’est bien et qu’il faut valoriser ça ». Il se demande également pourquoi il est si difficile de créer son entreprise en France, pourquoi l’administratif est si compliqué, les taxes si lourdes pour ces petites PME alors que les grandes entreprises bénéficient d’exonérations fiscales. Ce sont des choses qui le révolte, il ressent même du « dégoût ».

Et pour lui, la gauche ne pense essentiellement qu’à partager les richesses alors qu’« il faut aussi la créer ». Là est tout le problème et c’est pour cela qu’il ne votera pas pour elle en 2012: « Je pense que l’UMP a beaucoup plus conscience des enjeux. Quand je vois les programmes de Martine Aubry et de François Hollande qui ne font jamais allusion à la création de valeur en entreprise, ça me fait très peur ». Thibault se sent donc plus proche de la droite et des valeurs de l’UMP. Chez Nicolas Sarkozy, il a aimé sa rapidité dans la prise de décision, son côté directif aussi. Il sait qu’il votera pour son parti car il sait maintenant « pourquoi il vote à droite ».


Julia Van Aelst

 

17:10 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

18/10/2011

Lucie, 26 ans, consultante internationale

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Il y a quelques mois, Lucie*, 26 ans, a regardé « Inside Job », ce film documentaire américain expliquant l’origine de la crise des subprimes et la chute de Lehman Brothers. Depuis, la crise est toujours là, et Lucie repense souvent à ce film, révoltée car rien n’a changé, car « ceux qui s’en sont sortis sont ceux qui sont la cause du problème ». Ceux qui s’en sont sortis, ce sont les « riches », qui selon elle, continuent de s’enrichir et les pauvres de s’appauvrir. Lucie est également révoltée contre ceux qui se trouvent au cœur des rouages de l’économie et qui pourtant, semblent ne pas avoir conscience de ce qu’ils font : « J’ai un ami qui travaille dans la finance, il gagne beaucoup d’argent mais il me le dit lui-même : il ne sait pas exactement ce qu’il fait et sur quoi il joue. C’est de la pure spéculation ». Spéculation, fuite en avant, quête de salaires toujours plus hauts…Lucie dit ressentir toutes ces dynamiques dans la société où elle vit : « Apparemment, tout le monde serait heureux avec 10% de salaire en plus, mais quand tu leur demandes s’ils sont heureux une fois qu’ils ont ces 10%, ils ne le sont toujours pas. C’est la poursuite, c’est Inside Job ».

Lucie elle, travaille loin du monde de la finance. Elle est consultante internationale dans une grande agence de communication à Paris, où elle gagne environ 2100 € net par mois. Contrairement à beaucoup de monde,  elle ne se sent pas mal payée : « J’ai de quoi vivre, un toit, j’économise, je n’ai pas l’impression d’être dans le besoin ».  Elle avoue quand même se poser des questions car beaucoup d’amis autour d’elle parlent augmentations, carrière…Mais Lucie se dit heureuse avec ce qu’elle a. Ce qui lui importe plutôt, c’est sa famille, ses amis, son compagnon, et surtout, ce « juste équilibre entre le temps de travail et la vie privée ».

D’ailleurs pour se défouler du stress de la ville et du travail, Lucie fait beaucoup de sport et peint aussi, parfois. Elle aime lire les romans d’Anna Gavalda ou de Guillaume Musso, qu’elle considère comme « une bouffée d’air pur quand ça ne va pas », et lit tous les jours les journaux pour suivre l’actualité. Lucie préfère cela à la lecture hâtive des titres sur Internet, car elle aime « toucher, découper, rassembler » le papier.

Ecologiste et végétarienne convaincue, Lucie est une électrice du « centre-vert », doublée d’une « militante des actions concrètes » qui apporte parfois son aide et son argent à des ONGs comme Sidaction, Greenpeace ou Action contre la faim.

Pour 2012, elle a un sujet qui lui tient à cœur : celui de l’environnement et des énergies renouvelables : « On ne sait pas où l’on va. Après Kyoto, il n’y a plus rien. Après Rio, il n’y a rien. Et à côté de ça, il y a Fukushima. Qu’est ce qu’on fait ? Vers quoi l’on tend ? ». Malgré ce cri du coeur, elle ne sait toujours pas pour qui voter, reprochant paradoxalement aux partis de l’écologie politique d’être trop « unilatéraux sur le vert », de ne pas assez aborder les autres sujets de société.

C’est pourquoi les votes de Lucie fluctuent souvent à droite et à gauche de l’échiquier politique au gré des candidats et des projets politiques. Aujourd’hui, même si elle suit avec assiduité les débuts de la campagne présidentielle, elle la juge « morose », faute de « vrai débat et de réel projet ». Aucun candidat ne retient son attention. Cette ancienne électrice de François Bayrou en 2007 estime même que « les plus intéressants et les plus drôles sont ceux qui ne seront pas élus ».

Le Président sortant ? Elle trouve qu’il a eu le mérite de « remettre les Français au travail » mais en revanche, elle n’a apprécié ni sa politique d’immigration, ni sa « politique de copinage » avec les grands patrons, le scandale de son fils Jean à la tête de l’Epad en 2009, tout ce « réseautage façon Neuilly sur Seine ». Elle ne votera donc pas pour lui.


Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

18:54 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

 
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