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10/10/2011

Vincent, 23 ans, chef de cuisine

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Vincent* est un chef cuisinier de 23 ans vivant sa passion au quotidien. Tous les matins à 9h, il arrive dans les locaux du restaurant parisien où il travaille et y reste jusqu’à minuit, cinq jours sur sept. Il le dit lui-même, « c’est un métier où on donne de sa personne, psychologiquement et physiquement. » Vincent a la cuisine dans la peau: « Je vis ma passion et c’est la grande différence avec d’autres métiers. Dans notre cas, c’est un métier d’amour ». Un métier passionnel et pas comme les autres, un métier où « on fait à manger aux gens, où on nourrit une société entière ». Officiellement, Vincent exerce depuis ses 19 ans, date de la fin de son Bac professionnel, mais en réalité, il est dans le secteur depuis qu’il a 15 ans. Autour de lui, beaucoup de personnes gravitaient déjà dans le cercle: dans sa famille, certains sont bouchers, restaurateurs, chefs…

Cela fait maintenant huit ans que Vincent cuisine et la progression a été rapide : « Depuis le début, je me bats pour monter assez vite, il faut monter dans la vie, c’est important. A 23 ans, être chef de cuisine, ce n’est pas dégueulasse ». Vincent est en CDI et gagne 2000€ net par mois. Pourtant avec ce salaire, il n’arrive pas à économiser, se permet juste des petits plaisirs comme des livres, des DVDs ou une sortie au restaurant. Ses projets de vie ? Ils seront remis à plus tard : « Je ne fais pas de plans sur la comète en m’endettant avec un emprunt. Avec un salaire comme ça, on arrive à vivre mais pas à sortir la tête de l’eau ».

Par manque de temps, Vincent suit peu l’actualité politique. Ce qu’il retient de cette année ? Les révolutions arabes du printemps 2011, mais aussi le fait que ce soit le « le bordel dans le monde ». Et face à ce bordel, la complainte ambiante de la société française le choque : « Nous on est dans notre petite vie à se dire qu’on ne gagne pas assez et qu’on est dans la merde alors qu’il y a des gens qui vivent des choses bien pires ». Sentiment désagréable de se sentir impuissant et insignifiant là où il est, de ne pouvoir faire grand chose.

Il relativise, donc. Mais cela ne l’empêche pas de parler de la crise et du fort impact qu’elle a eu dans son milieu, la restauration. Depuis quelques temps, les prix des matières premières comme les fruits, les légumes ou la viande ont en effet triplé, voire quadruplé. Vincent ressent cette inflation quotidiennement et en tant que chef cuisiner, il doit faire avec, se débrouiller pour qu’à la fin la facture ne soit pas trop lourde. Au quotidien également, il estime qu’on ne peut plus manger comme avant : « Le poisson est hors de prix. Pareil pour la viande, quand on veut acheter un morceau de viande maintenant, il faut parfois se priver à côté ».

A-t-il un avis sur le bilan de Nicolas Sarkozy ? Pas vraiment. Vivant loin de la politique et de l’actualité de son pays, il estime ne pas être en mesure de critiquer le Président. Ce qu’il ressent simplement c’est que celui-ci « a remué la merde là où il fallait la remuer ». En 2007, Vincent avait voté Parti Socialiste. Pourtant, il ne sent pas forcément de gauche, votant au gré de ses envies et des idées qui l’intéressent. Aussi pour 2012, il attend de « démêler ce grand sac de nœuds avant de prendre une décision ». 


Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

18:50 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

29/09/2011

Sofia, 20 ans, esthéticienne

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Sofia* vient d’avoir 20 ans et cela fait maintenant six mois qu’elle est esthéticienne dans une chaîne d’instituts de beauté à Paris. C’est son premier vrai travail et il lui plaît car elle aime « rendre les gens beaux et leur redonner un peu de bonne humeur quand ils sont fatigués et stressés ».

Sofia a toujours voulu travailler dans le monde de la beauté. Quand elle était petite, sa tante tenait un salon d’esthétique où elle se rendait souvent pour « essayer les rouges à lèvre ». Finalement, c’est le fait d’avoir baigné dans cet univers qui lui a tant donné envie d’en faire son métier. Plus tard, Sofia a donc fait un CAP pour réaliser son rêve, mais une fois diplômée en 2010, ce fut la douche froide avec le chômage et la mélancolie pendant plusieurs mois : « J’ai mis du temps à trouver un travail. J’avais eu plusieurs entretiens mais on me disait toujours « On vous rappellera », « On a pas besoin », ou « Vous ne savez pas faire ça ». Mais c’est normal, je sortais juste de mon CAP ! Ils étaient trop exigeants ».

Aujourd’hui, Sofia est en poste et gagne le SMIC, soit 1100€ net par mois. Avec les heures supplémentaires, elle peut monter jusqu’à 1200€. Ce n’est pas beaucoup, alors pour le moment elle habite toujours chez sa mère dans un HLM de St Gratien dans le Val d’Oise. Mais à 20 ans, Sofia souhaite « voler de ses propres ailes » alors tous les mois, elle met 300€ de côté pour sa future installation avec son petit-ami qui est commercial dans le secteur de la toiture. Elle est contente d’être là où elle est mais n’hésite pas à se plaindre de l’attitude des patrons qui « exploitent un peu quand ils le peuvent », faisant référence aux heures de ménage qui, dans son cas, ne sont pas payées. Contrariée, Sofia en a parlé à sa supérieure, « mais elle dit que c’est comme ça dans le commerce ».

Elevée dans une famille de gauche, Sofia a le sens de la contestation : même si la politique en général ne l’intéresse pas vraiment, elle sait très bien ce qu’elle n’apprécie pas et n’hésite pas à le dire haut et fort. Quand elle n’avait encore que 14 ans, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur, était venu à la Courneuve promettre de « nettoyer au kärcher » la cité des 4.000. C’était en juin 2005 et pourtant, Sofia s’en souvient comme si c’était hier. Cela l’a profondément marquée, elle qui habite dans une ville non loin de là : « Sarkozy est arrivé comme ça, comme s’il était le sauveur. Moi j’ai plein d’amis qui sont d’origine musulmane. Je trouve que son attitude ne faisait pas très « Président » ». Depuis, Nicolas Sarkozy a été élu chef de l’Etat. Sofia ne votera pas pour lui en 2012, sauf si celui-ci se retrouve au deuxième tour contre Marine Le Pen.

Contre Sarkozy, Sofia n’en épargne pas moins les personnalités de gauche. Elle n’aime pas Ségolène Royal, qui « dit des mensonges » : « Je me souviens qu’elle voulait que le SMIC soit à 1500€, mais dans ce cas les patrons peuvent fermer tout de suite, c’est irréaliste et c’est juste pour se faire élire ». Elle n’apprécie pas non plus Dominique Strauss-Kahn qu’elle a toujours mal considéré. La récente affaire du Sofitel de New York n’a pas arrangé les choses aux yeux de Sofia qui est dorénavant sûre qu’en tant que personnalité publique, « il n’a pas fait des choses très clean ». Quoi qu’il en soit en 2012, la jeune esthéticienne se déplacera dans les urnes pour élire le nouveau chef de l’Etat car pour elle, « c’est important d’aller voter. C’est pour la France ». Ce sera une première.


Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

18:18 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

05/09/2011

Elsa, 26 ans, Journaliste

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Elsa* est une jeune journaliste de 26 ans aux cheveux blonds et au regard bleu qui habite dans l’ouest parisien, un quartier qu’elle aime et qu’elle n’a pas voulu quitter après une enfance passée dans l’appartement haussmannien d’une famille aisée, bourgeoise.

Depuis trois ans et la fin de ses études à Sciences Po et l’université de Dauphine, elle travaille de jour comme de nuit pour une grande chaine d’information française. Il y a trois ans, c’était 2008 et la chute de Lehmann Brothers.  Elsa est donc entrée sur le marché du travail en pleine hécatombe économique et financière. Elle ne s’y attendait pas : dans le milieu des Grandes Ecoles, il était alors de bon ton de promettre une certaine prospérité à ces étudiants considérés comme la future élite. Mais en 2008, les choses ont changé et depuis, les rêves professionnels se sont dissipés : « Aujourd’hui je m’estime heureuse d’être active pour une journaliste, mais la crise me bride. Par exemple, j’aimerais partir travailler à l’étranger mais je ne le fais pas car j’ai peur de ne pas retrouver un poste à mon retour. La crise nous oblige à nous enfermer sur ce que l’on a ».

Pour combler son besoin d’ailleurs et de voyages, Elsa consacre une partie de son budget à des week-ends en Europe. Son idéal ? Un week-end par mois en dehors de Paris qu’elle juge rapidement étouffant, mais ce n’est pas toujours possible. Alors elle sort dans la capitale, voit beaucoup ses amis qu’elle considère comme une condition à son bonheur et à son équilibre : « J’aime savoir que je suis bien entourée, qu’il y a des gens sur qui je peux compter quand je rentre le soir et avec qui je peux aller boire des verres quand j’ai eu une sale journée. »

Ses week-ends en France ou en Europe font d’ailleurs partie de son budget mensuel. Elle gagne en moyenne 2000 euros par mois en piges. Elsa se sent bien lotie, aimerait certes gagner un peu plus, mais l’argent n’est pas sa priorité : « Je ne cherche pas à gagner 4000 euros par mois, je n’ai pas besoin de plus. Pour moi, le bonheur ne passe pas par l’argent, si tu peux toujours partir en voyage ou avoir la voiture que tu veux, quel est l’intérêt ? »

Pourtant, avec ses 2000 euros par mois, la jeune journaliste a bien conscience qu’elle doit faire attention. La vie est chère à Paris, et avec son budget, elle n’a ni les moyens d’investir en immobilier, ni de s’offrir une voiture, qui selon elle, est « un gouffre financier ».  Et Elsa reste inquiète. Elle ne sait pas de quoi demain sera fait et comprend qu’il est loin le temps de la sécurité dont bénéficiait la génération de ses parents. Les siens, qui ont fait toute leur carrière dans la même banque, appartiennent à un électorat de droite traditionnelle. Leur fille a pour le moment, suivi leurs traces.

En 2007, encore étudiante à Sciences Po, elle avait écumé les meetings politiques de tous les partis et voté Sarkozy aux deux tours. Aujourd’hui, cette farouche pro-européenne qui se fait un devoir de voter à chaque élection, juge le bilan économique du Président plutôt positif : « La France s’en sort relativement bien comparé à d’autres Etats européens. Je trouve que la crise a été bien gérée et Sarkozy a été volontaire ». Et même si la jeune journaliste qu’est Elsa n’a pas été d’accord sur toute la ligne politique de Sarkozy, elle revotera pour lui en 2012, « faute d’alternative crédible et vu la crise dans laquelle on est ».  


Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

17:27 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

 
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