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09/11/2011

Thomas, 27 ans, chargé de financement solidaire dans une association

 

 

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Thomas, grand voyageur, a débuté sa carrière professionnelle dans le monde de la finance en partant en V.I.E (Volontariat International en Entreprise) après des études en économie-gestion à l’université de Paris-Dauphine. En Chine, puis au Brésil, c’est à la Société Générale qu’il a fait ses premiers pas en tant qu’analyste financier. Son job de l’époque ? Financer les entreprises produisant des matières premières. Dans ses pays en plein boom économique, Thomas gagnait alors plutôt bien sa vie : il avait un bon salaire et un fort pouvoir d’achat.

C’est justement à l’époque où Thomas travaillait à la Société Générale que Lehmann Brothers a fait faillite. Il se souvient: « Les banques étaient frileuses à se prêter entre elles ce qui empêchait leur refinancement: c'était la crise de confiance du système financier. Si bien que les financements vers l'extérieur ont été interrompus pendant un temps. Les banques attendaient d'y voir plus clair, comprendre les raisons, prendre du recul. Ce gel des investissements m'a directement touché car j'étais dans ma phase d'apprentissage et beaucoup des dossiers sur lesquels j'ai travaillé n'ont pas eu de suite. »

A son retour en France, rapidement porté par d’autres aspirations et notamment « celle de se lever pour défendre une cause », Thomas quitte le chemin tracé de jeune banquier pour une association de financement solidaire. Ce n’est pas un choix anodin car Thomas perd alors 500 euros en terme de salaire. Mais pour ce grand voyageur, « c'est dans ces situations d'instabilité que l'homme grandit ». Avec le recul il ne regrette donc rien, se dit « heureux », travaille enfin dans un « secteur qui fait du sens ». Aujourd’hui, Thomas gagne 1600 euros net par mois, habite Bastille et partage un loyer de 900 euros avec sa future femme qui travaille elle, chez Emmaüs. Son salaire actuel lui « suffit pour vivre ». Pour Thomas, l’argent n’est pas le plus important, lui qui rêve plutôt « d'ailleurs, d'un autre voyage, mais aussi de créer une entreprise au service des autres… ».

Thomas, rêveur, cosmopolite, grand voyageur, mais aussi révolté, n’hésite pas en tant qu’ancien salarié d’une grande banque à critiquer « le tout pouvoir du système financier sur l'économie et les lobbies financiers dans toutes les sphères politiques du monde ». Le manque de considération vis-à-vis de la jeunesse française le gêne également. Il parle d’une « génération mécontente » qu’on n’écoute pas, qu’on ne reconnaît pas et dont il ressent la colère sous–jacente.  

Une jeunesse qui sera finalement une des priorités de campagne de François Hollande alors Thomas a l’oreille tendue vers le candidat de la gauche : « Mettre en avant les jeunes comme le fait François Hollande me semble courageux. Les jeunes qui passent des années à l'université sans trouver de boulot, qui enchaînent les contrats précaires, les jeunes des banlieues qui peinent à trouver leur place sur le marché du travail… ». Thomas votera donc pour lui en 2012 en espérant également que dans le domaine de la finance, des réformes soient proposées: taxe sur les transactions financières, déconnexion des activités de banque de détail de celles de banque d'investissement, « introduction dans le capital et non mise sous tutelle des banques qui jouent le rôle de financer de l'économie »..

Et que pense-t-il du bilan de Nicolas Sarkozy ? Thomas a apprécié sa politique étrangère, le fait que depuis 2007 la France soit « reconnue sur la scène internationale », le fait également qu’il ait participé à la chute de Kadhafi en Libye. Thomas se souvient avec une certaine fierté, de l’ovation du Président français à Benghazi en septembre 2011. Malgré cet avis positif sur la diplomatie française, Thomas reste sévère sur la politique intérieur et le style du Président, jugeant que celui-ci a malheureusement « dégoûté les citoyens de la politique et de la fonction de chef de l’Etat ».


Julia Van Aelst


 

21:43 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

03/11/2011

Margot, 21 ans, étudiante à AgroParisTech

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Margot, 21 ans, tente de profiter au maximum de ses dernières années de vie d’étudiante. A côté de ses cours à AgroParisTech, grande école formant des ingénieurs agronomes, elle sort, fait beaucoup de sport, reçoit souvent du monde à dîner dans son petit appartement, non loin de la rue Mouffetard. Elle lit beaucoup aussi, va voir des expositions, et rencontre du monde au gré de ses sorties. Cette vie d’étudiante presque insouciante, en tout cas légère, n’est que bien méritée : durant trois longues années en classe préparatoire scientifique, Margot s’est battue pour cette intégration en grande école.

En tant qu’étudiante, Margot ressent peu la crise. Elle se dit « protégée ». Elle trouve simplement la vie chère depuis qu’elle a quitté le foyer familial et vit avec son petit ami. Ils partagent le loyer de l’appartement, paient 300€ chacun, bénéficient des aides au logement. Heureusement Margot est peu dépensière, a beaucoup d’économies derrière elle et est hôtesse d’accueil en parallèle de ses études. Cela lui permet de payer son loyer, et son permis qui lui coûte cher, 900€.

Mais les années de la vie étudiante passent vite et dans un an et demi, Margot se retrouvera sur le marché du travail, devra trouver son premier emploi, connaîtra peut-être les premières galères des jeunes diplômés. Aujourd’hui, tout cela lui semble loin. Ce qui lui fait peur, ce sont « les autres », voir « qu’ils ont un projet, qu’ils savent où ils vont ». Car pour Margot, l’avenir reste flou, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire, simplement que les domaines de la biologie marine ou de la recherche en neurosciences lui plaisent plus que les autres. Alors comme pour parer à la crainte de ne pas encore savoir, Margot tente de garder confiance en elle et en l’avenir: « au final j’arrive à faire les bons choix, je m’en sors toujours ».

Finalement à 21 ans, Margot semble emportée par ses aspirations personnelles, loin devant la recherche d’un bon salaire. Ce n’est pas sa priorité, contrairement à certains de ses camarades de promotion qui eux, malgré une formation en ingénieurs agronomes, ont les métiers de la finance en ligne de mire et « disent clairement qu’ils sont là pour faire de l’argent ». Malgré cela, elle redoute le grand saut dans la vie active car ce que Margot redoute le plus, c’est de « perdre sa liberté », elle qui a horreur du « train-train » : « J’ai peur de rentrer dans un métier, de me lever tous les jours à la même heure, de faire tous les jours la même chose, de m’ennuyer. J’ai besoin de mouvement, j’ai très peur de l’ennui. ». Et là où elle étudie, on parle peu de « l’après » : « Ils ne nous disent pas à quoi tout cela débouche, à quoi sert ce que l’on apprend. C’est le problème du système français, c’est trop théorique et on ne sait pas où l’on va ».

En 2012, ce sera la première fois que Margot votera à des élections présidentielles. Elle a hâte, se dit excitée car le vote lui est fondamental : « J’aime bien voter, j’ai l’impression d’avoir un peu d’importance, un peu de poids sur le futur de la France. C’est important pour moi de donner mon avis. Je trouve qu’on nous demande pas assez notre avis ». Son avis à elle, c’est que les récentes escarmouches gauche – droite durant les primaires socialistes lui ont fait penser à une « cour de récréation ». Et Margot est profondément agacée. Elle repense par exemple aux « blagues sur le « fromage de Hollande à pâte molle » après la primaire ». Etait-ce nécessaire ? Et Margot, même si elle n’est « pas fan » de François Hollande, votera quand même pour lui.  Mal à l’aise avec le style de Nicolas Sarkozy, « sa manière de s’exprimer, sa nervosité », elle lui reproche surtout d’avoir dégradé l’image de la France à l’étranger : « Brice Hortefeux a tenu des propos racistes et injurieux sur les Roms. Ce sont des choses qui me touchent plus que les bilans économiques ».


Julia Van Aelst

13:21 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

27/10/2011

Thibault, 29 ans, créateur d'entreprise

 

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C’est au plus fort de la crise financière, en mai 2009, que Thibault a décidé de créer son entreprise. Fraîchement sorti d’un Master en Entreprenariat à l’EM Lyon, il avait alors 27 ans et venait juste de se faire licencier après un court passage dans une grande entreprise. D’une certaine manière, c’est cette crise tant conspuée qui lui a permis d’accoucher de son projet, de concrétiser son rêve : « La crise m’a poussé à créer au départ, ça a été comme un électrochoc. J’ai été licencié et après j’ai créé mon entreprise. Tour le monde me disait : tu es fou de créer une entreprise en pleine période de crise ».

Aujourd’hui, Thibault ne regrette rien. Il va même plus loin, estime que c’est grâce au plan de relance instauré par Nicolas Sarkozy en 2008 que sa petite entreprise est toujours sur pieds. Ces mesures, comme par exemple l’exonération de certaines charges la première année de la création d’une entreprise, lui ont permis de réduire ses dépenses et donc de continuer à faire vivre son projet.

Thibault a maintenant 29 ans. Sa petite entreprise vend des services à la personne : ménage, repassage, garde d’enfants, aide aux personnes âgées… Le créneau est porteur. Il emploie 9 salariés en CDI à temps partiel, crée de la valeur, des "emplois bien humains", c’est important pour lui.

Pourtant, la vie de tous les jours n’est pas des plus facile pour ce jeune chef d’entreprise. Thibault gagne le SMIC et travaille 12h par jour, et souvent une partie des week-ends, samedi et dimanche inclus. Il s’en sort car il ne paie pas de loyer, ses parents lui prêtent un studio. Le rythme de travail est assez solitaire, Thibault travaille seul de chez lui, écoute la radio BFM pour lui tenir compagnie. Arrive-t-il à faire des économies personnelles ? Non. Il parvient simplement à garder de l’argent pour ses vacances, une semaine par an. Cette année, il est parti faire du voilier, la mer lui fait du bien. Thibault garde tout de même le sourire, se dit optimiste, estime que ça y est, l’entreprise marche car il arrive enfin à se « dégager un salaire en plus de celui des salariés » et car « il ne perd plus d’argent ».

A côté de cet optimiste de façade, on ressent comme une profonde colère chez ce jeune entrepreneur. Il se demande pourquoi il y a un tel manque de reconnaissance et pourquoi la société ne porte pas toujours un regard bienveillant sur les créateurs d’entreprise : « On est utile pour la société, quand on créé son propre emploi c’est déjà bien, cela veut dire qu’on est pas une charge pour la société. Si tu arrives à créer d’autres emplois, je trouve que c’est bien et qu’il faut valoriser ça ». Il se demande également pourquoi il est si difficile de créer son entreprise en France, pourquoi l’administratif est si compliqué, les taxes si lourdes pour ces petites PME alors que les grandes entreprises bénéficient d’exonérations fiscales. Ce sont des choses qui le révolte, il ressent même du « dégoût ».

Et pour lui, la gauche ne pense essentiellement qu’à partager les richesses alors qu’« il faut aussi la créer ». Là est tout le problème et c’est pour cela qu’il ne votera pas pour elle en 2012: « Je pense que l’UMP a beaucoup plus conscience des enjeux. Quand je vois les programmes de Martine Aubry et de François Hollande qui ne font jamais allusion à la création de valeur en entreprise, ça me fait très peur ». Thibault se sent donc plus proche de la droite et des valeurs de l’UMP. Chez Nicolas Sarkozy, il a aimé sa rapidité dans la prise de décision, son côté directif aussi. Il sait qu’il votera pour son parti car il sait maintenant « pourquoi il vote à droite ».


Julia Van Aelst

 

17:10 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

 
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