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14/12/2011

François, 21 ans, étudiant à l'Université de Nanterre

 

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 Mardi 4 novembre 2011. Debout sur les marches de l’escalier de la Grande Arche de la Défense, François regarde les jeunes Indignés qui se trouvent affairés plus bas à dessiner sur des pancartes et à monter des tentes. La nuit est en train de tomber sur le quartier d’affaires. François est seul, il vient juste de sortir d’une des tours illuminées où il travaille : « Je suis venu par curiosité, je sortais du boulot. J’avais vu sur Internet qu’ils seraient là ». François est donc là en tant que spectateur, et même s’il trouve ce combat important, il est pragmatique et juge le mouvement mal organisé : « Il n’y a pas assez de monde, ça ne va pas prendre et c’est dommage ».

 François n’est pas du genre à aller planter sa tente comme les Indignés, mais du haut de ses 21 ans, il n’en pense pas moins. Etudiant à l’Université de Nanterre et salarié en alternance dans une société de courtage en assurance, il porte un certain regard sur les jeunes de son âge : « Aujourd’hui c’est pas le luxe d’être étudiant. Il y en a beaucoup qui font des petits boulots, et parfois, ils y passent plus de temps que dans les cours. Pour d’autres ce sont les stages payés 400 euros par mois ».

Autour de lui, beaucoup connaissent des galères. Certains camarades de fac, mais aussi des amis du lycée qui ont fait des choix d'études différents. François lui, s’en sort relativement bien. Grâce à son alternance, il gagne un salaire (1100 euros par mois) qui lui permet d’économiser et de se payer des extras comme un ordinateur portable. A côté, ses parents, ainsi que les aides sociales, lui financent en intégralité les 370 euros du loyer de sa chambre en résidence étudiante.

 François est donc relativement privilégié mais il ne veut pas devenir comme tous ces cols blancs de la Défense : « Je n’aime pas beaucoup le monde de l’entreprise. J’ai un peu de mal avec le fait d’être dans un bureau et d’être un employé parmi des milliers ». Et son boulot actuel de gestion de projet ne le passionne pas. Il a des envies d’ailleurs, de cinéma mais aussi de voyages. Après la fin de ses études, il pense partir travailler à l’étranger pendant un an. En Australie peut-être. Ou rester en France et entamer un Master 2 en art du spectacle, formation qu’il a déjà commencé en parallèle à l’Université de Nanterre.  

 Car François est fou de cinéma. Dernièrement, il a regardé « Welcome », le long-métrage de Philippe Lioret sur les sans-papiers de Calais. C’est un sujet qui lui tient à cœur et qui le révolte, marqué par « la manière assez inhumaine dont les sans-papiers sont arrêtés et traqués en France. » D’une manière générale, la misère et les inégalités le touchent.

 François, tout jeune électeur, sait déjà qu’il ne votera pas Nicolas Sarkozy en 2012 car il n’a « rien aimé » chez lui. Et par rapport à la crise économique actuelle, il trouve même qu’il « n’a rien fait pour arranger les choses ». Alors il votera Eva Joly. Pour François, la candidate des Verts a le programme « le plus cohérent » face à une situation de crise économique mais aussi de menace sur l’environnement. Car comme remède à la crise, le jeune étudiant voit l’avenir en vert : « Je pense qu’on peut faire une relance économique via des projets pour améliorer la qualité de vie et l’environnement ».

 François, qui élira un Président pour la première fois de sa vie en 2012, s’intéresse finalement plus aux idées qu’aux personnes. Il n’aime pas la personnification du débat public et trouve que « ce n’est pas simplement en changeant de Président qu’on solutionnera le problème ». D’où peut-être, sa présence discrète sur les marches de la Grande Arche …

 

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19:37 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

08/12/2011

Aurélie, 25 ans, comédienne

 

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Aurélie a de grands yeux verts, des cheveux bruns très longs, et d’elle, se dégagent une certaine fragilité, une grâce de danseuse classique. Petite, elle faisait justement des pointes et souhaitait devenir professionnelle mais on lui a dit qu’elle n’avait pas le corps pour. Alors elle a pensé devenir comédienne. La scène lui plaisait déjà.

Aurélie a donc pris des cours de théâtre et rapidement, elle a du se poser les bonnes questions : devait-elle continuer des études traditionnelles ou se lancer à 100% et en faire son métier?  « Après le lycée, je ne me voyais pas avoir le même cursus que tout le monde. Je me sentais trop « vraie », je sentais que ma place était vraiment sur un plateau », se souvient Aurélie. Le choix fut difficile, mais pour elle, « on a qu’une vie et vivre c’est choisir ».

Aurélie a donc choisi de consacrer tout son temps à son métier de comédienne. Mais la précarité est lancinante… Son salaire est incertain et ne tombe pas tous les mois, alors pour économiser et éviter de se perdre dans les jobs alimentaires, Aurélie vit chez sa mère dans un HLM de sa ville d’enfance du Val d’Oise: « J’en suis arrivée à un point où j’ai tellement bossé pour faire ce métier… que je ne vois pas tout arrêter du jour au lendemain pour un loyer ». Encore une fois une question de choix.

Aujourd’hui, Aurélie travaille à droite à gauche : elle participe à des petits spectacles didactiques dans des collèges et lycées, et tient un rôle dans une pièce jouée dans un théâtre parisien. Avec cette représentation, elle pense toucher environ 700 euros pour le mois de décembre, peut-être plus, peut-être moins. En fait, rien n’est jamais sûr, son salaire est fonction des bénéfices.

Finalement, Aurélie ne semble pas plus que ça angoissée par la précarité. Elle a le regard tourné ailleurs. Au delà des petites sommes qu’elle touche en ce moment, son objectif est surtout de cumuler des heures pour avoir le statut d’intermittente du spectacle. Et si elle calcule bien, elle pense l’avoir l’année prochaine, ce qui lui garantira pour le coup une stabilité financière pendant plusieurs mois.

 Politiquement, Aurélie a du mal à se situer. Perdue entre la gauche et la droite, elle se sentirait presque « sociale-démocrate » mais pense, pessimiste, que ce sont tous « des branquignoles ». Elle a bien conscience qu’avant de prendre une décision de vote, il faut « étudier tous les jours » la politique et les débats de société, chose qu’elle ne fait pas en ce moment, par manque de temps mais aussi car d’une certaine manière, elle se sent très en dehors de tout ça. Alors elle verra plus tard… la présidentielle est encore dans quelques mois.

Mais elle a déjà des convictions : Aurélie n’aime pas « les sociétés qui laissent les lumières allumées la nuit » et a une dent contre « les gens qui profitent du système ». Née dans une famille de gauche, la jeune comédienne se sent tout de même un peu perdue : « Je trouve ça génial de s’être battu pour la sécurité sociale comme mon grand-père. Le problème est que l’on donne ça et on prend tout le bras. Dans ma famille, six personnes profitent de la Sécu et ça, ça me débecte car les gens qui en ont réellement besoin en seront un jour coupés ». Elle ne sait plus quoi penser… trouve du bon dans la gauche comme dans la droite, sait simplement qu’elle ne votera pas Nicolas Sarkozy.

 Quand on lui pose la question de ce qui la rend heureuse, le visage d’Aurélie s’illumine. Son « amoureux » bien sûr, mais aussi « aller boire des cafés avec des copines, aller au cours de danse du mardi soir, aller voir des pièces de théâtre, lire des beaux textes, être dans la recherche artistique ». Et surtout, vivre de son métier correctement…


Julia Van Aelst

 

08:55 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

14/11/2011

Jordan, 27 ans, interne en psychiatrie

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De ses yeux noisettes cachés derrière ses lunettes de vue, Jordan regarde à travers la vitre au dehors et se souvient de sa décision de devenir psychiatre. Cela est venu rapidement après les premières années de tronc commun, réalisant que la technique et les simples gestes comme « recoudre ou réduire les fractures », l’ennuyaient. Attiré par les enfants, par ce « supplément d’âme » qu’il trouve chez eux bien plus que chez les adultes, il devient pédo-psychiatre. Et aujourd’hui à 27 ans et à un niveau BAC+10, Jordan suit sa dernière année de médecine. Il est interne, c’est-à-dire officiellement médecin.

Avec ses dix années d’études, Jordan gagne environ 1700 euros par mois. Mais grâce aux gardes, il peut toucher un peu plus de 2000 euros : « A Paris, le salaire que je gagne sans gardes est juste suffisant. Cela me permet de vivre au quotidien mais pas de faire des projets ou des voyages ». Pourtant, Jordan ne se plaint pas, il se considère même comme un « privilégié » par rapport à la misère sociale qu’il côtoie tous les jours dans le cadre de son travail. C’est comme cela qu’il ressent la crise : à travers ses patients qui parfois s’inventent ou exagèrent des pathologies pour pouvoir fréquenter l’hôpital et « avoir des plats chauds car ils n’ont plus d’argent pour s’acheter à manger ». Alors oui, Jordan trouverait cela « incorrect » de se plaindre.

Son salaire à lui part dans son loyer de 810 euros, les dépenses courantes, les voyages qu'il peut se permettre grâce à l'argent qu'il gagne pendant les gardes, et enfin les livres. Car Jordan lit beaucoup, il se considère même parfois comme acheteur compulsif de bouquins. Tout y passe, la philosophie, les romans, les ouvrages de psychologie….et Jordan lit pendant les gardes de nuit ou le soir, avant d’aller dormir. Il suit également l’actualité mais trouve médiocre le traitement des médias français : « La Grèce, le triple A….j’ai l’impression qu’on nous a jamais autant parlé de tout, mais aussi de rien. Par exemple, on nous parle des 7 milliards d’êtres humains sur Terre et tout ce qu’on nous montre, c’est des images de bébés. Mais moi j’en m’en fous de l’image d’une gamine des Philippines ! Il n’y a aucune analyse, c’est pire que la météo !»

Jordan porte un regard indéniablement acéré sur la société actuelle. Nourri par un fort humanisme, il la trouve profondément individualiste, autistique : « Quand ca va mal, on a tendance à se recroqueviller, c’est un mécanisme de protection. Plus tu es dans une société de merde, plus tu te dis « chacun pour soi ». Une société qui va mal, une société où pour Jordan l’économie a pris le pas au détriment de tout le reste et surtout de l’humain. Il y a quelques années, il est parti au Togo pour une mission humanitaire. Il se souvient, amer, des propos tenus à l’égard d’une fillette malade : « ils disaient qu’on ne pouvait pas la sauver car elle n’avait pas d’argent pour une transfusion ». Et ça, Jordan n’accepte pas : « le fait que ce soit l’économie qui dicte le monde est une manière qu’a trouvé l’être humain de s’autodétruire puisque c’est lui-même qui a mis en place ce système ».

Il aimerait donc que les politiques sociales soient remises au cœur du débat de la présidentielle 2012. En tant que médecin, la santé lui est chère. Inconcevable pour lui qu’on puisse donner des coups de canif dans le secteur en ces temps d’austérité budgétaire: « ça touche la manière dont on soigne les gens et ça c’est insupportable ». Jordan, homme de gauche qui arrive tout de même à « dédiaboliser la droite », ne s’est retrouvé dans aucun des candidats à la primaire socialiste. Il votera quand même François Hollande, un choix « par raison et par défaut » car il ne veut pas d’un second mandat Sarkozy qui selon lui, a pêché par son style : « c’est plus une histoire d’homme que de politique. J’aurais peut être mieux toléré la même politique faite d’une autre manière avec un autre homme ». Lucide, fustigeant bien au-delà du sarkozysme, le système politique en général, il reproche au milieu de « brasser un certain type de personnalités, narcissiques, égomaniaques, mégalo, dans des postes où au contraire, il faudrait avoir une certaine humilité ».

Des révoltes et des interrogations que Jordan ne manque pas de partager avec ses amis, lui qui à côté de sa vie de médecin, aime sortir, aller au cinéma, et « refaire le monde sur un comptoir de café ». Des petites choses qui pour Jordan, participent à son bonheur de tous les jours : « Moi j’essaie de choper des petits bouts de bonheur là où je les vois ».


Julia Van Aelst

 

 

18:23 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |  Imprimer |

 
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