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26/04/2012

Béatrice, 30 ans, de Rome

 

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Béatrice* est une Italienne de Rome mais a toujours baigné dans la culture française. A 25 ans, après avoir travaillé à Bruxelles, elle s’installe à Paris et devient  journaliste dans la presse féminine. Elle vit dans la capitale depuis quatre ans et demi.


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 Comment es-tu arrivée à Paris?

 J’ai toujours vécu dans un milieu français. Quand j’étais toute petite, j’ai vécu à Paris notamment et j’ai été dans une école française en Italie. J’ai eu mon bac français. Puis j’ai fait la fac italienne et j’ai vite senti qu’en Italie je n’aurai pas énormément de chance d’exercer le métier que je voulais faire. Comme j’étais fascinée par l’actualité internationale et européenne, je suis spontanément allée vers Bruxelles. Mais au final je me suis rendue compte que ce que je faisais ne m’intéressait pas plus que ça. C’était très bureaucratique et en tant que journaliste, très frustrant. Alors je me suis repositionnée. Et aujourd’hui je suis journaliste dans un magazine féminin à Paris.

 Tu as donc réussi à exercer le métier que tu souhaitais faire ?

 Oui, être journaliste, c’est la réalisation d’un rêve. Depuis toute petite, j’ai toujours été intéressée par la mode, par l’univers féminin… Et à Paris, le fait que je sois italienne n’a jamais posé de problème, ni au personnes avec lesquelles je travaille, ni avec celles que j’ai rencontrées. Je me suis bien intégrée.

 Quel est ton salaire en tant que journaliste à Paris ?

 Je gagne 2400 euros net. Je vis bien même si je n’arrive pas à mettre de l’argent de côté. Comme je vis en couple, beaucoup de dépenses sont partagées comme le loyer, les factures, le téléphone, les restos, les courses… forcément c’est plus facile.

 Quel est ton loyer ?

 J’ai un loyer de 1200 euros donc cela fait 600 euros par personne. Avant de vivre avec mon compagnon, mes parents m’aidaient et me payaient la moitié de ce loyer.  Avant, j’ai aussi eu un autre appartement dont le loyer était de 600 euros par mois mais là aussi, mes parents m’aidaient. A l’époque j’étais en stage à 400 euros et dans ces conditions, ça aurait été impossible pour moi de survivre. Et encore aujourd’hui, si je vivais seule, ça serait plus difficile.

 Quels sont tes plus gros postes de dépense ?

 C’est la vie, le quotidien. Les voyages car j’ai de la famille en Italie, mais pas beaucoup de dépenses de shopping ou de soirées, finalement il n’y a pas de gaspillage.  

 Aurais-tu eu le même salaire pour le même poste en Italie ?

 Jamais. J’aurais gagné environ 1600 euros. Et même si la vie coûte moins cher, ça ne s’équilibre pas car les loyers restent élevés en Italie. Si j’étais restée là-bas, j’aurais eu besoin d’être aidée par mes parents, ils auraient du m'héberger par exemple. 

 Finalement, ressens-tu la crise ici?

 Je fais très attention à mes dépenses. Plus qu’il y a un an. Je trouve que les prix ont augmenté et les salaires stagnent. Je sais que n’aurai pas d’augmentation et si j’en ai une, ça ne me permettra même pas de faire une grande dépense.

 Cela fait maintenant plus de quatre ans que tu vis en France, quel regard portes-tu sur les jeunes français ?

 Par rapport aux jeunes italiens, je trouve qu’ils sont beaucoup plus indépendants vis-à-vis de leur famille. C’est très rare en Italie de voir des jeunes à la fac qui vivent seuls, qui sont en colocation, qui font des petits boulots. En Italie, tu termines la fac très tard, vers 28 ans et tu restes chez tes parents. Donc les seules dépenses sont les sorties. Finalement, c’est une vraie plus-value pour les Français d’être indépendants tôt. Ils ont plus murs, ils apprennent à se débrouiller, à gérer un budget, à vivre en colocation. C’est formateur.

 Malgré cette indépendance, les jeunes français galèrent quand ils arrivent sur le marché du travail …

 Oui mais ils ont beaucoup plus la niaque que les Italiens. Même s’il y a la crise, les jeunes savent que oui, ils vont galérer pendant un certain temps mais qu’au bout du compte, ça va arriver, ils vont y arriver. Et non pas car ils sont diplômés ou qu’ils connaissent le père ou l’oncle d’untel, mais car ils sont motivés. Ils ont cette énergie qu’on ne ressent pas en Italie.

 En Italie, les jeunes savent dès le départ qu’ils ne vont pas y arriver ?

 D’une manière ou d’une autre, ils savent que ça va être difficile pour eux et il y a une phase de stagnation après la fac. Pendant six mois, ils se posent des questions, réfléchissent, se demandent où ils vont. C’est comme s’ils étaient anéantis par tout ce qui se passe, ils n’ont plus l’énergie et la force qu’a la jeunesse.

 Mais donne-t-on leur chance aux jeunes italiens ?

 Pas trop et c’est une des raisons pour laquelle j’ai quitté l’Italie. Par exemple moi, je travaillais pour une agence de presse à Bruxelles. J’ai débuté avec un stage, ensuite j’ai eu des petits contrats de collaboratrice et après un an et demi, mon contrat est arrivé à terme. J’avais fait mes preuves. J’ai eu un entretien avec le directeur-général à Rome. Il me dit alors : « sur le papier, il n’y a aucun soucis, vous avez fait vos preuves et vous avez l’appui de votre rédacteur en chef, mais malheureusement, vous n’avez pas d’appui politique. » En fait, il me demandait que je sois recommandée par un homme politique, par un homme puissant…

 Et tu expliques cela comment ?

 En Italie, ce n’est pas vraiment le culte de la méritocratie… Et moi ça me révolte de voir que la jeunesse et les gens en général ne soient pas révoltés par ce qui se passe en Italie. Tous les jours il y a de la corruption et les gens ne disent rien, je suis choquée et en colère par rapport à ça. Quand on n’est plus indigné, c’est qu’il y a un vrai problème de société, ce n’est pas normal.

 Comme en France, l’Italie semble être une société assez gérontocratique, les leaders politiques sont âgés, on laisse peu la place aux jeunes …

 Quand j’ai vu Sarkozy arriver au pouvoir en France, il avait 52 ans et j’ai trouvé que c’était un bol d’air frais. En Italie, je n’ai pas de souvenir d’un Président du conseil qui ait cet âge-là. Quand Berlusconi a été réélu, il avait 72 ans. Avant lui, Prodi avait 70 ans. Ce sont des papis ! On a pas d’hommes politiques jeunes qui fassent bouger les choses, qui prennent en main la jeunesse.

 Donc la jeunesse doit se prendre en main elle-même ?

 Les jeunes sont révoltés mais surtout effrayés. La jeunesse italienne ne prend pas de risques car elle a peur. Par exemple, jamais quelqu’un qui a trouvé du travail n’osera tout plaquer. Trouver du travail en Italie est très compliqué et  avoir des augmentations est limite impossible. Tout est en stand-by. Il n’y aucune alternative pour eux alors qu’en France, tu peux encore te retourner et te réinventer.

* le prénom a été modifié

 

11:41 Écrit par Julia Van Aelst dans Regards d'étrangers | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Très intéressant cette comparaison Italie France :D

Écrit par : laureD | 26/04/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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