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28.02.2012

François-Xavier Pénicaud, 28 ans, président des Jeunes Démocrates

 

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Crédit photo: Soazig de la Moissonnière


D’emblée, il se présente comme un « militant de tripes ». C’est vrai que quand il parle, c’est le poing sur la table, porté par une certaine fougue. Tout autour de lui, des open spaces disséminés un peu partout entourés de murs blancs et d’une moquette bleue. Nous sommes dans les quartiers de François Bayrou, rue de l’Université à Paris. Dehors, tous les stores sont oranges, couleur du parti du Mouvement démocrate.  

 Militantisme et galères financières

 François-Xavier Pénicaud y travaille à plein temps depuis le début de la campagne et cela fait maintenant un an et demi qu’il est le Président des Jeunes du Modem. D’ordinaire, François-Xavier est bénévole: « C’est un choix politique, on cherche à avoir des jeunes qui ont les pieds sur terre. L’intéressement politique ne doit pas être un intéressement financier ». Pourtant, exception est faîte en temps de campagne. Pendant quatre mois, il sera donc rémunéré au Smic.

 Financièrement, François-Xavier est un jeune qui connaît la galère: « Avant que je touche mon premier Smic de campagne, j’étais déjà dans une situation financière totalement exsangue, je me suis endetté ». A l’époque, il avait créé une petite entreprise innovante. Mais pris par son emploi du temps de bénévole au Modem, François-Xavier a rapidement du geler son activité professionnelle et s’est s’endetté auprès de ses amis, jusqu’à 2000 euros en six mois, « ce n’est pas anodin ».

 Aujourd’hui, il gagne le Smic mais tout son argent passe dans les frais de campagne : déplacements en train, restaurants ou apéros avec les militants, impression de tracts… Or, avec le décalage entre le paiement et le remboursement des frais, François-Xavier qui n’a pas une énorme trésorerie se retrouve souvent à découvert. Heureusement, il a la chance de ne pas payer de loyer, son père lui ayant prêté une « petite bicoque » à Châtillon en banlieue parisienne. C’est là qu’il vit pour les quatre mois de la campagne : « Le deal c’est que je la retape un peu en échange de ne pas payer de loyer. Sinon financièrement, ça ne serait pas possible! ».

 Autour de lui, les sentiments de la crise

 François-Xavier a remarqué une chose ces derniers temps : son banquier est « de plus en plus rigide ». Parfois il ne met pas le chèque en attente ou rejette un TIP… Conséquence de la crise ? Pour le jeune militant Modem, c’est est certain. Il remarque autour de lui que les gens sont « de moins en moins solidaires financièrement », il remarque des « fragilités, des peurs personnelles ». Il trouve les jeunes « méga flippés », pétris d’un sentiment de « no future ».

 Les jeunes justement… Entre ceux qui travaillent dans les grandes entreprises, de plus en plus « aigris, acides, cyniques car ils sont les variables d’ajustement de la flexibilité ». Entre ceux qui, un peu honteux, disent au coin de l’oreille quand leurs aînés sont partis: « On s’est un peu fait entubés par la génération d’avant. On s’est fait avoir dans l’affaire, nous on aura pas de retraites ». Et les jeunes des quartiers sensibles qui « se fréquentent entre chômeurs, qui se sentent hors du monde » mais qui ont « la niaque et une énergie monumentale ». Toutes ces scènes, François-Xavier les vit lors de ces déplacements sur les routes de France.

 Il reconnaît à Nicolas Sarkozy cette « énergie qui dit qu’on peut faire des choses ». Mais cette énergie se serait malheureusement transformée en « frénésie, absence de vision, incohérences, clientélisme, communication, ». Un monde politique régit par les lois de la communication mais des individus de plus en plus isolés dans une société de la non-communication. Cruel paradoxe pour François-Xavier : « Dans mon immeuble à Bron près de Lyon, je suis le seul à connaître tous mes voisins! C’est terrible, les gens ne se connaissent plus, ne partagent plus ».

Une aventure humaine qui vaut tous les sacrifices

 C’est sûrement pour cela qu’il est engagé. Pour découvrir des « gens et des profils différents, même si c’est vrai qu’on a des relations superficielles avec eux ». Cette aventure humaine, comme il la nomme, vaut sûrement tous les sacrifices. Car il ne voit sa petite-amie qu’une fois par mois, ne voit presque plus ni ses amis, ni sa famille, ne part plus en week-ends : « Ca me fait de la peine, il y a des moments où c’est vraiment difficile ».

 François-Xavier trouve encore parfois le temps de bouquiner dans le train, de regarder des films et des mangas le soir sur son ordinateur. « Geek et pirate assumé », il télécharge, visionne en streaming, joue sur son portable dans le métro, regarde « Bref » et le « Petit Journal » quasiment tous les jours…Ce sont ces petits plaisirs, au même titre que « la bonne bouffe ». On ne vient pas de Lyon pour rien… Et pour François-Xavier, rien de tel qu’un verre de vin de rouge, de préférence Beaujolais, Morgon ou Saint Amour pour se détendre après une longue journée de travail.

Julia Van Aelst

12:27 Écrit par Julia Van Aelst dans Jeunes Militants | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer |

21.02.2012

Marie, 26 ans, saisonnière

 

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 Le chalet apparaît après un virage sinueux, il est là, tout de bois vêtu, au bord d’une route qui traverse la forêt de pins. A l’intérieur, il y fait chaud. On y sert de la raclette, des fondues, des pierrades, toutes les spécialités de la Savoie. C’est là que travaille Marie*, une jeune fille de 26 ans au large sourire et au peps indéniable.

 Si Marie a autant de dynamisme et de bonne humeur, c’est peut-être car elle se sent bien dans ce restaurant de Méribel, station réputée des Alpes. Et ce ne fut pas toujours le cas.

 Début 2010, elle se retrouve au chômage après deux ans en tant qu’assistante Ressources Humaines dans une entreprise de Lyon. La raison de sa démission? « Une entreprise trop capitaliste, incapable de valoriser ses salariés ». Marie s’est sentie « démoralisée par une absence de perspectives d'évolution, aucune augmentation de salaire, et une considération des supérieurs plus que moyenne ».Echaudée par le monde de l’entreprise, elle décide alors de changer radicalement de voie et de devenir saisonnière dans la restauration.

 Un secteur dynamique dans lequel « on est absolument sûr de trouver du travail » sans être pour autant obligé de passer par la case CDI : « le CDI, je n'en voulais plus, je voulais du CDD, qui me permettrait de sauter de job en job, sans me sentir "engagée à vie" ». De plus, les salaires n’ont rien à voir. Alors que Marie plafonnait à 1180 euros net quand elle était assistante RH, elle touche aujourd’hui 1800 euros, nourrie et logée. Et les pourboires lui rapportent environ 50 euros par semaine. Surtout, c’est un fort sentiment de liberté qui s’est emparé de la jeune saisonnière, elle qui aime « découvrir un nouveau lieu à chaque nouveau contrat et rencontrer des gens toujours nouveaux ». Et pendant les mois où elle ne travaille pas, Marie part loin, en Amérique du sud, en Europe de l’est…

 Marie admet pourtant que la vie de saisonnier exige des contreparties. Les heures de travail sont « considérables », au minimum 50 heures par semaine. A cela s’ajoute une quasi absence de jours de congés : « j'ai déjà travaillé plus de deux mois de suite sans un seul jour de repos ». Enfin, l’éloignement : « notre vie sociale et familiale de sédentaire est mise entre parenthèse pendant les cinq mois de la saison ».

 Financièrement, Marie dit « bien vivre » et ne pas vraiment ressentir la crise. Sa vie de saisonnière la protège en quelque-sorte de l’angoisse des charges fixes : pas de loyer, ni d’électricité à payer… Tous les mois, elle met un peu d’argent de côté « pour être à l'abri en cas de coup dur » et plutôt que de placer sur le long terme, préfère utiliser ses économies pour « se faire plaisir à l’inter-saison ». Finalement, ce métier semble assouvir sa passion pour le voyage. Son rêve est de « partir dans les grandes plaines américaines à cheval ».

 Ainsi va la vie de Marie qui se dit heureuse de « profiter de sa jeunesse et voyager ainsi » car elle aura, plus tard, « plein de choses à raconter à ses enfants! »

 Des stations de ski ou des plages où elle travaille, Marie ne perd pas une miette de l’actualité du monde. Les évènements qui l’ont marqués ces dernières années ? L’arrivée de Barack Obama au pouvoir, les révoltes arabes, la mort de Kadhafi, la Présidence de Nicolas Sarkozy…et d’ailleurs que pense-t-elle du Président sortant ? Principalement qu’il est déconnecté de la réalité de son pays: « Il ne sait pas à quel point les vrais gens n'ont plus d'argent pour bien vivre. Lui vit dans une sphère bourgeoise qui ne lui permet pas de comprendre ce qu'il se passe dans la vie d'un salarié lambda ». D’ailleurs, c’est tout un monde qu’elle fustige. Un monde dans lequel les dirigeants seraient « vicieux, intéressés, voyous », empêtrés dans des affaires de détournements de fonds, de prostituées, de copinage.

 Malgré cette vision très critique du monde politique, Marie ira voter dans quelques mois. Pour quel candidat, elle ne le sait pas encore. Son cœur penche tout de même: « ce sera un vote de gauche forcément, mais quelle gauche? ». Pour Marie, ce sera surtout le mois de mai, le début de la saison d’été. 

Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

09:03 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer |

15.02.2012

Alexis, 25 ans, C.R.S

 

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 Depuis trois ans, Alexis* parcourt la France avec ses collègues de la Police afin de « maintenir l’ordre » dans la population. Quand on lui demande quel est son métier, Alexis se présente comme un simple « fonctionnaire de Police ». En réalité, il est CRS mais ne souhaite pas vraiment en parler. Le terme est comme tabou, Alexis ne s’en vante pas et n’en est pas fier pour un sou. Pourquoi un tel camouflage de son activité ? Car à 25 ans, ce jeune originaire de banlieue parisienne n’aime pas son métier.   

 Au départ pompier, puis gendarme, il s’est retrouvé CRS un peu par hasard. Ce sont ses collègues, à la sortie de l’Ecole de Police de Nîmes, qui lui ont conseillé de le devenir - beaucoup d’avantages disaient-ils, faisant surtout référence aux jours de congés, jusqu’à cinq mois à l’année… Or Alexis avait besoin de temps car à côté de sa vie professionnelle, il a voulu continuer des études de sociologie à la fac. Alexis a finalement intégré le « corps d’encadrement et d’application » et s’est retrouvé à arpenter les banlieues difficiles.

 Depuis, Alexis exerce un métier qu’il n’apprécie guère. La faute à une certaine mentalité. Il y a d’abord les jugements, les jalousies intestines. Les jeunes par exemple, sont mal vus. Alexis, qui mène des études en parallèle, en fait souvent les frais : « pour eux cela signifie que je suis amené à évoluer, à atteindre des grades supérieurs, voire à quitter la Police pour un boulot avec plus d’avantages. Et ils ne supportent pas ». Ensuite, il y a la mentalité du « moins on en fait, mieux on se porte » qu’Alexis ne cautionne pas : « on peut se retrouver à faire des missions fantômes, par exemple aller dans une cité et se cacher dans une allée où il n’y a rien, on se planque et on attend !  ». Enfin, il y a une incompréhension avec ses collègues quand il s’agit des jeunes de banlieues. Lui est pour le dialogue alors « qu’il y a beaucoup de CRS plus âgés qui ne laissent pas instaurer ce dialogue-là. Ils me disent de ne pas leur parler. En fait il y a derrière une volonté de garder notre image de « méchants », de « cons écervelés », voire même de « violents ».

 Malgré tout, Alexis n’a pas l’intention de démissionner demain. Il a besoin de boulot, d’argent, et ce travail lui procure une relative sécurité en période de crise : « Je suis très prudent, si je quitte mon poste c’est pour quelque-chose de sûr qui m’apporte autant d’avantages et de garanties. Je ne partirai pas à l’aveuglette. Il y a quelques années, tu pouvais encore le faire si tu étais débrouillard. Maintenant c’est moins possible ». Mais Alexis l’admet : « la crise remet en question le fait d’avoir un travail dans lequel on s’épanouit pleinement ».

 Alors il attend patiemment le jour où il pourra faire un métier qui lui plaît. Son rêve ? Passer les concours de la diplomatie ou travailler dans la gestion de conflits et de crises. Et il y croit fort. Alexis, qui est d’un naturel optimiste, pense que ses expériences en gendarmerie et dans Police pourraient se transformer en atouts.

 En attendant, Alexis profite des avantages de son poste : « Je suis fonctionnaire, j’ai un salaire qui tombe tous les mois et je ne peux pas être viré ». Un vrai luxe en temps de crise … malgré un salaire moyen. Le jeune CRS gagne 1733 euros net par mois. Financièrement, il arrive à s’en sortir mais c’est grâce à ses parents qui ont accepté de lui verser 700 euros par mois pendant deux ans : « Sinon je n’arriverais pas à joindre les deux bouts, il ne me resterait rien à la fin du mois ».Grâce à cette aide, Alexis arrive à un peu économiser. Par exemple, il met 50 euros de côté tous les mois« pour avoir une petite réserve disponible immédiatement en cas de pépin de la vie quotidienne, genre fuite d’eau ». Celui lui permet aussi de faire face à la hausse de prix qu’il ressent énormément : « en 2004-2005 je faisais le plein de courses pour 50 euros, maintenant c’est plutôt 90 ! ».

 Politiquement, Alexis est de droite. Il votera donc Nicolas Sarkozy, plus pour l’UMP – le parti qui représente ses idées, que pour le personnage en lui-même. Ce qu’il a aimé chez Nicolas Sarkozy, ce sont toutes ses réformes. Alexis pense que la France en avait grandement besoin. En revanche, il a été dérangé par le « casse-toi pov con » : « il avait demandé à la Police d’être irréprochable, respectueuse… et en tant que Président, il se permet d’insulter quelqu’un ! ». Inacceptable aux yeux de ce jeune CRS pour qui la politesse et le respect restent des valeurs fondamentales. Il votera donc à droite en 2012, et à terme, espère quitter la France car il ne se voit pas rester dans un pays « qui renie sa culture et qui devient invivable en terme de civisme ».

Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

16:26 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer |

07.02.2012

Thierry Marchal-Beck, 26 ans, président des Jeunes Socialistes

 

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Thierry Marchal-Beck est assis dans son bureau presque intégralement peint de blanc, sous le velux des combles du dernier étage de la rue de Solférino. Sur les tables trainent des journaux papier, le programme du candidat socialiste, des badges ronds multicolores avec le même slogan : « Les Jeunes avec Hollande ».

 Cela fait maintenant quatre mois que Thierry est le porte-voix des jeunes auprès du Parti Socialiste. A 26 ans, après un CDD de quelques mois au Ministère de la défense, c’est un CDD de deux ans qu’il a décroché au PS. Une suite logique pour ce jeune socialiste qui a commencé à militer il y a dix ans, sur les bancs du lycée de sa Lorraine natale. Ses parents étaient enseignants, proviseurs, et on avait l’habitude chez les Marchal-Beck de parler « valeurs républicaines pendant les dîners ». Puis quand il a grandi, Thierry a rapidement réalisé que « quand on se réunissait à plusieurs, qu’on pensait la même chose et qu’on décidait d’agir, on pouvait bouger des montagnes ». Et aujourd’hui c’est ce qu’il tente de faire aux MJS.

 Travaillant à temps complet pour les MJS, Thierry est indemnisé à hauteur du SMIC et son abonnement téléphonique est remboursé. A Paris, cela fait peu et Thierry l’admet bien volontiers. Même s’il n’est « pas à plaindre », il fait franchement attention et ne rechigne sur aucune petite économie : « par exemple, tous les jours j’enlève le disjoncteur sur le chauffe-eau car il fonctionne mal et je n’ai pas de quoi le réparer ». L’alimentation ? Elle se résume aux pâtes et au pesto car « ça se fait rapidement et c’est ce que je peux m’acheter ». Finalement, Thierry l’avoue avec humour, il a gardé le même menu que pendant ses années étudiantes…Quant à sa machine à laver, c’est simple, il n’en a pas et son but dans la vie est de gagner un peu plus et d’avoir un appartement qui lui permette d’en acheter une. Il rigole : « c’est quand je vais au Lavomatic toutes les semaines que je me rappelle que je suis au SMIC ! ».

 Heureusement, ses parents l’aident, notamment pour le logement, l’assurance et la mutuelle. Thierry, qui habite avec sa compagne dans un logement appartenant à la famille de celle-ci, ne paie que 150 euros de loyer par mois. Et il l’affirme haut et fort, c’est la raison pour laquelle il s’en sort : « Si j’avais un loyer normal, je ne sais pas comment je ferai ».

 Mais au final, le Président des MJS est un jeune qui sait voir où sont ses priorités. Pour lui, l’important est d’être heureux dans ce qu’il fait. Alors oui, « le fait de se réaliser personnellement compense la faiblesse du salaire » et les difficultés de la vie quotidienne semblent adoucies par les joies de l’engagement politique.

 A côté, il voit ses amis mais aussi ses frères et sœurs galérer. Et c’est sûrement cela qui le pousse à défendre les intérêts de la jeunesse au sein de son parti. Il se considère d’ailleurs comme un « vigie », un porte-voix pour améliorer la situation des jeunes en France. Et c’est à travers eux qu’il ressent la crise. Quand il voit sa sœur qui a quitté la France pour travailler dans l’hôtellerie en Angleterre car « malgré ses diplômes, elle ne trouvait du travail que chez Flunch ». Ou ses amis de Lorraine qui ne trouvent pas de travail et qui sont en « première ligne ». Lui considère qu’il a eu de la chance, embauché deux mois après l’obtention de son diplôme avec un salaire, certes pas mirobolant mais qui tombe tous les mois.

 Il parcourt la France, rencontre des jeunes de tous les âges et de tous les horizons, d’un lycée pro à une grande école, d’une fac à un CFA… Ce qu’il reproche à Nicolas Sarkozy en tant que jeune socialiste, c’est finalement ça : d’avoir laisser la jeunesse se précariser : « Quand je vois mes potes qui ont BAC+5 et qui enchaînent des stages à 400 euros pendant deux ans et on considère que c’est normal, ou quand je vois un de mes amis de 29 ans qui est déjà à faire des prêts à la consommation pour rembourser ses anciens prêts à la consommation… Là on a un bel échec social ». Un échec social mais surtout tout un système à revoir. Alors aujourd’hui, les jeunes semblent se diviser entre « ceux qui bénéficient de la solidarité familiale et ceux qui ne l’ont pas ». Pour Thierry, c’est la nouvelle grande inégalité.

 A côté de ses journées de militant, Thierry semble avoir des plaisirs simples. Il dit aimer sortir, prendre du temps, parler avec les gens : « finalement, tant qu’on se nourrit, qu’on se loge et qu’on peut s’habiller, derrière ce qui compte ce sont les amis, les familles, la vie personnelle ». Il adore aussi regarder des séries le soir avant d’aller se coucher, mais la récente fermeture de MegaUpload a laissé Thierry dans un état de réel désespoir : « c’est la grande crise de ma vie ces dernières semaines ! ». Va-t-il se rabattre sur le cinéma ? Pas le temps et trop cher. Les musées et expositions ? Pas le temps et trop cher. Mais « ce qui est bien avec le Mouvement des Jeunes socialistes, c’est d’être abonné au Monde ». Alors Thierry continuera de le lire tous les jours, comme un petit rituel dont il ne dérogera pas.

Julia Van Aelst

12:05 Écrit par Julia Van Aelst dans Jeunes Militants | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer |

03.02.2012

Edito #2 : Et les jeunes militants dans tout ça ?

J-3 mois avant le premier tour de l’élection présidentielle !  A cette occasion, « une jeunesse (extra)ordinaire » évolue…

 

 5926932563_Les-logos-des-partis-politiques.jpgIl y a des jeunes en France qui ont décidé de consacrer une partie de leur vie quotidienne à l’engagement politique, à la défense de leurs idées.

 Beaucoup sont habitués des manifestations, mais aussi des plateaux télé où ils viennent déclamer des discours souvent bien rôdés.

 Mais à côté de ces déclarations politisées, on ne sait finalement que peu de choses sur la vie et les questionnements personnels de ces jeunes.

 La nouvelle rubrique intitulée « Jeunes militants » sera ainsi l’occasion de leur donner la parole.

Objectif ?  Saisir la nature de leur quotidien au même titre que les « anonymes » non politisés, et comprendre de quelle manière ils participent au débat sur la jeunesse.

 La semaine prochaine, place donc à Thierry Marchal-Beck, Président des Jeunes Socialistes.

12:42 Écrit par Julia Van Aelst dans Editos | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer |

01.02.2012

Jean-François, 28 ans, prof de tennis

 

 

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 La terre battue, les balles, les raquettes, les matches… Jean-François a ça dans le sang depuis tout petit. Le tennis, c’est un peu toute sa vie, du moins une grande passion. Plus jeune, il était classé 1-6 et enchaînait les tournois de seconde série dans toute la France. Jean-François, de grande taille et très athlétique, a toujours été un grand sportif.

 Pourtant, quand il a du choisir son métier à la sortie du Bac, il avait hésité à entamer une carrière plus balisée et mieux payée dans l’informatique. Mais la passion a finalement pris le dessus: « Je ne me voyais pas du tout passer quarante ans dans un bureau derrière un ordinateur ». Alors il s’est lancé dans le sport, « quitte à gagner moins ».

 Aujourd’hui, Jean-François n’a plus le temps de jouer dans des tournois mais il enseigne avec plaisir. Il travaille en horaires décalés, finit généralement sur les coups de 22h le soir. Cela ne lui pose pas de problème, les journées passent vite, surtout quand il enseigne aux enfants. Finalement, il ne considère pas vraiment son métier comme un labeur quotidien: « J’ai l’impression de ne pas travailler, je suis payé pour ce que j’aime et c’est une énorme chance ».

 Une énorme chance qui ne l’empêche pas d’être profondément angoissé par la crise économique. En tant que professeur de tennis, Jean-François gagne 1200 euros net par mois en salaire fixe, soit un montant proche du SMIC. Mais à cela s’ajoute les heures qu’il donne en cours particuliers et qui sont comptabilisées en libéral. Ce sont ces heures qui lui permettent de mieux vivre et d’avoir un meilleur salaire à la fin du mois, jusqu’à 1800 euros.

 Pourtant, malgré les heures sup’, Jean-François dit s’en sortir grâce au « Système D ». Il revend de raquettes ou achète des places de cinéma à prix cassés sur internet, prend le vélib au lieu d’utiliser sa voiture quand il ne fait pas trop froid, achète ses voyages en dernière minute ou très longtemps à l’avance, ne part jamais en juillet-août…

 Face à la vie chère et face à une crise qui n’en finit pas, Jean-François dit ressentir beaucoup d’appréhension. Cette angoisse, il la calme en mettant un maximum d’argent de côté car « on ne sait jamais », et en travaillant le plus possible: « depuis 5 ans, je n’ai jamais refusé aucune heure de travail ».

 Il a tellement entendu d’histoires racontées par ses élèves avocats, ingénieurs, patrons. Des histoires sur des vieux retraités locataires d’appartements touchés par la précarité et qui n’arrivent pas à s’en sortir. Jean-François, lui, est prévoyant, il investira le plus vite possible dans la pierre pour se prémunir contre les aléas de la vie. Alors il cherche : « Je continue à regarder, mais j’oublie Paris, c’est vraiment cher ». Et avec ses 100 000 euros d’apport, il pense s’acheter un F2 en banlieue parisienne.

 Jean-François se sent réellement indigné par la vie chère et se dit prêt à aller manifester dans les rues. Il a l’impression qu’on prend tout le monde pour des « pigeons », exemple récent avec la téléphonie mobile. Avec la sortie fracassante de Free Mobile, Jean-François s’est tout d’un coup rendu compte que les opérateurs historiques en avaient quelque part profité pendant plusieurs années : « Si Xavier Niel n’était pas arrivé, on aurait encore payé pendant dix ans des forfaits hors de prix. Grâce à Free, j’ai vingt euros de plus à la fin du mois et si tu cumules tout, à la fin de l’année, je peux m’acheter quelque chose, me faire plaisir ».

 Le problème de la vie chère est donc le sujet qui lui tient le plus à cœur et c’est sans doute ce qu’il regardera dans les propositions des candidats. Mais pour l’heure Jean-François est indécis et il pose un regard assez désabusé sur des candidats et sur une droite/gauche qu’il considère comme interchangeables : « Que ce soit Sarkozy ou un autre, je me demande ce qu’il va pouvoir réellement changer. On est frappé de plein fouet et je ne sais pas qui va pouvoir arranger ça ».

 En 2007, il avait voté pour Nicolas Sarkozy mais cette année, il ne va « peut-être pas voter pour lui ». Pourquoi ? Car il n’a pas aimé « tout ce qu’il y a eu autour du personnage comme les lunettes Ray-ban, le bling-bling, les vacances sur les yachts. » Jean-François « galère et se lève tôt » et il a du mal à digérer ce gouffre avec les élites politiques.  A gauche, il a écouté les propositions de François Hollande mais elles ne l’ont pas marqué plus que ça : « Je suis très fataliste, je me dis que c’est encore des paroles, à chaque fois on propose des mesures et au final ce n’est pas tenu. » Alors oui, Jean-François ira voter, « mais sans espérer ».

11:34 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook | |  Imprimer |

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