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01/02/2012

Jean-François, 28 ans, prof de tennis

 

 

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 La terre battue, les balles, les raquettes, les matches… Jean-François a ça dans le sang depuis tout petit. Le tennis, c’est un peu toute sa vie, du moins une grande passion. Plus jeune, il était classé 1-6 et enchaînait les tournois de seconde série dans toute la France. Jean-François, de grande taille et très athlétique, a toujours été un grand sportif.

 Pourtant, quand il a du choisir son métier à la sortie du Bac, il avait hésité à entamer une carrière plus balisée et mieux payée dans l’informatique. Mais la passion a finalement pris le dessus: « Je ne me voyais pas du tout passer quarante ans dans un bureau derrière un ordinateur ». Alors il s’est lancé dans le sport, « quitte à gagner moins ».

 Aujourd’hui, Jean-François n’a plus le temps de jouer dans des tournois mais il enseigne avec plaisir. Il travaille en horaires décalés, finit généralement sur les coups de 22h le soir. Cela ne lui pose pas de problème, les journées passent vite, surtout quand il enseigne aux enfants. Finalement, il ne considère pas vraiment son métier comme un labeur quotidien: « J’ai l’impression de ne pas travailler, je suis payé pour ce que j’aime et c’est une énorme chance ».

 Une énorme chance qui ne l’empêche pas d’être profondément angoissé par la crise économique. En tant que professeur de tennis, Jean-François gagne 1200 euros net par mois en salaire fixe, soit un montant proche du SMIC. Mais à cela s’ajoute les heures qu’il donne en cours particuliers et qui sont comptabilisées en libéral. Ce sont ces heures qui lui permettent de mieux vivre et d’avoir un meilleur salaire à la fin du mois, jusqu’à 1800 euros.

 Pourtant, malgré les heures sup’, Jean-François dit s’en sortir grâce au « Système D ». Il revend de raquettes ou achète des places de cinéma à prix cassés sur internet, prend le vélib au lieu d’utiliser sa voiture quand il ne fait pas trop froid, achète ses voyages en dernière minute ou très longtemps à l’avance, ne part jamais en juillet-août…

 Face à la vie chère et face à une crise qui n’en finit pas, Jean-François dit ressentir beaucoup d’appréhension. Cette angoisse, il la calme en mettant un maximum d’argent de côté car « on ne sait jamais », et en travaillant le plus possible: « depuis 5 ans, je n’ai jamais refusé aucune heure de travail ».

 Il a tellement entendu d’histoires racontées par ses élèves avocats, ingénieurs, patrons. Des histoires sur des vieux retraités locataires d’appartements touchés par la précarité et qui n’arrivent pas à s’en sortir. Jean-François, lui, est prévoyant, il investira le plus vite possible dans la pierre pour se prémunir contre les aléas de la vie. Alors il cherche : « Je continue à regarder, mais j’oublie Paris, c’est vraiment cher ». Et avec ses 100 000 euros d’apport, il pense s’acheter un F2 en banlieue parisienne.

 Jean-François se sent réellement indigné par la vie chère et se dit prêt à aller manifester dans les rues. Il a l’impression qu’on prend tout le monde pour des « pigeons », exemple récent avec la téléphonie mobile. Avec la sortie fracassante de Free Mobile, Jean-François s’est tout d’un coup rendu compte que les opérateurs historiques en avaient quelque part profité pendant plusieurs années : « Si Xavier Niel n’était pas arrivé, on aurait encore payé pendant dix ans des forfaits hors de prix. Grâce à Free, j’ai vingt euros de plus à la fin du mois et si tu cumules tout, à la fin de l’année, je peux m’acheter quelque chose, me faire plaisir ».

 Le problème de la vie chère est donc le sujet qui lui tient le plus à cœur et c’est sans doute ce qu’il regardera dans les propositions des candidats. Mais pour l’heure Jean-François est indécis et il pose un regard assez désabusé sur des candidats et sur une droite/gauche qu’il considère comme interchangeables : « Que ce soit Sarkozy ou un autre, je me demande ce qu’il va pouvoir réellement changer. On est frappé de plein fouet et je ne sais pas qui va pouvoir arranger ça ».

 En 2007, il avait voté pour Nicolas Sarkozy mais cette année, il ne va « peut-être pas voter pour lui ». Pourquoi ? Car il n’a pas aimé « tout ce qu’il y a eu autour du personnage comme les lunettes Ray-ban, le bling-bling, les vacances sur les yachts. » Jean-François « galère et se lève tôt » et il a du mal à digérer ce gouffre avec les élites politiques.  A gauche, il a écouté les propositions de François Hollande mais elles ne l’ont pas marqué plus que ça : « Je suis très fataliste, je me dis que c’est encore des paroles, à chaque fois on propose des mesures et au final ce n’est pas tenu. » Alors oui, Jean-François ira voter, « mais sans espérer ».

11:34 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

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