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10/01/2012

Bertrand, 25 ans, boucher-charcutier

 

 

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Bertrand (à droite) et son frère



Bertrand a 25 ans et est boucher-charcutier dans le 12e arrondissement de Paris. Avec son frère Nicolas, 29 ans, il a ouvert sa propre boucherie il y a maintenant deux mois. Les débuts sont quelque peu difficiles mais la passion pour le métier est là, très présente. C’est que Bertrand est fils de boucher et petit-fils de charcutier et dans la famille, « on aime la bouffe ». Il se souvient des repas traditionnels, de « la cuisine au beurre », de la viande qu’ils achetaient toujours en boucherie et jamais au supermarché, ô sacrilège, et aujourd’hui, Bertrand se pâme toujours pour des « escalopes sauce crème et champignons ou pour une saucisse au chou ». C’est gras mais « tellement bon » ! Et Bertrand interpelle son frère : « Le père aurait été dans les fruits et légumes à Rungis, t’aurais eu envie d’être boucher ?? ». Non de la tête.

 Aujourd’hui leur petite entreprise marche plutôt bien. Ils ont en fait repris la boutique d’un ancien boucher d’une petite rue non loin de Reuilly Diderot. Pour acheter le fond de commerce qui valait 110 000 euros, il a fallu sortir beaucoup d’argent et investir toutes les économies personnelles. C’est que la banque leur demandait un apport de 30% minimum pour l’octroi d’un crédit. Alors les parents ont fait une donation et les deux frères ont versé le reste.  Le projet s’est finalement concrétisé.

 Mais deux mois après l’ouverture, Bertrand ne touche pas de salaire car la boucherie continue à lui rembourser l’apport. Ce n’est que dans un an qu’il commencera à recevoir de l’argent, environ 1000 euros par mois. Bertrand vit donc toujours chez ses parents car les loyers coûtent trop cher, il trouve d’ailleurs que c’est scandaleux : « quand je vois le prix des loyers, j’ai envie de leur dire : les cocos, vous exagérez ! ». Sans paie officielle, Bertrand s’en sort pour le moment car il a  mis de côté une partie de ses anciens salaires et il reçu de l’argent de l’assurance après s’être coupé une partie d’un doigt. Un accident de travail qui lui donne le statut de travailleur handicapé.

 La crise ? Il ne la ressent que depuis qu’il est patron car auparavant en tant qu’ouvrier, il gagnait plutôt bien sa vie. Mais d’un point de vue professionnel, Bertrand ressent un net changement dans les attitudes d’achat des clients : « Depuis quelque temps, les gens dépensent moins d’argent dans la viande. Ils achètent plus de conneries comme le jambon, les côtes de porc ou les cordons bleus qu’on vendait beaucoup moins avant. Maintenant on vend jusqu’à 24kg de jambon blanc par semaine! ». Il y a même un client qui lui achète de la viande à crédit …

 Au-delà des difficultés financières, la vie de jeune patron que mène Bertrand est synonyme de beaucoup d’efforts et d’une part de sacrifices. Il travaille 60h par semaine, déclare ne dormir que trois ou quatre heures par nuit. Et son week-end ne dure que du dimanche après-midi au lundi soir. Il vit en décalé, se rend compte que c’est parfois difficile de mener une vie sociale, et avoue : « C’est vrai que le soir j’aimerais avoir un peu plus de temps ». Ce qu’il voudrait aussi, c’est une petite-copine : « J’ai la voiture qui roule vite, je suis patron, c’est la classe ! Avec une copine, je commencerais à être bien… », dit-il en rigolant, ironique.

 Alors du courage, il en faut. Et c’est pour cela que la valeur travail est primordiale chez Bertrand. Il en parle avec ferveur, s’indigne contre une certaine jeunesse : « Le problème avec les jeunes, c’est que vous allez avoir un apprenti sur dix qui va être vraiment génial. Les autres, ça arrive en retard, ça demande tout le temps des week-ends … ».  Il préfère donc travailler avec les vieux bouchers, ceux qui n’hésitent pas à rappeler pour du travail passé 67 ans. Bertrand, lui qui n’est « pas allé à l’école » mais qui a toujours fait l’effort de savoir « lire, écrire et compter » et de travailler tôt pour gagner sa vie, ne comprend pas « les gens qui ne foutent rien de la journée, ceux qui se plaignent mais qui n’ont pas l’air de faire plus d’efforts pour leur situation, qui ne se prennent pas en main ».

 Bertrand, grand fan de « Questions pour un champions », lis les BD, les mangas et écoute la radio tous les matins. Ouï FM parce-que c’est la radio rock et que la musique lui plaît. De sa petite boucherie, il suit les affaires du monde, parle de la Grèce, du triple A et des journées de carence dans les secteurs public/privé. Grand débat il y a quelques mois, et Bertrand a son avis sur la question : « Dans le privé, ils ont quatre journées alors qu’ils en ont une dans le public. Mais notre devise ce n’est pas « liberté, égalité, fraternité » ? Je pense qu’on n’est pas tous égaux en France, je ne nous sens pas tous égaux ».

 

 De Nicolas Sarkozy, il n’est pas foncièrement mécontent, estime qu’il a fait des bonnes choses et qu’on lui a mis des bâtons dans les roues, alors « il a fait de son maximum mais il ne peut pas tout faire, ce n’est pas superman ». La seule chose qu’il lui reproche est son côté bling-bling parce que dans le monde de la boucherie, ça ne pardonne pas: « Dans notre milieu, on dit souvent que si le patron arrive avec sa grosse voiture, ça le fait pas du tout. Il vaut mieux afficher sa pauvreté, ça évite les problèmes. »

 Mais il n’empêche, Bertrand ne sait toujours pas pour qui il va voter même s’il avoue une préférence pour la droite. Car en tant que patron, il avoue que la gauche et le social, c’est pas vraiment « son truc ».  En attendant, Bertrand se plaint du vide des débats, du fait qu’on ne parle que des « bourdes des candidats mais pas de leurs propositions ». Lui voudrait que la France redevienne performante économiquement, mais aussi que les valeurs de travail, de respect et de service soient plus présentes dans la société.  

 Des valeurs que Bertrand tente déjà d’appliquer lui même : « Hier, j’ai eu une dame qui m’a demandé de dégraisser un faux-filet, je me suis dit : bien sûr, ça fait partie du boulot, on est là pour faire plaisir au client ! Et ça, c’est par exemple la grande différence entre nous et les grandes surfaces ».

 

13:26 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

J'aimerai connaître le discours du monsieur dans quelques années..

Écrit par : Sylvain | 11/01/2012

Bien sûr, il aime pas le social, pas les fonctionnaires... Mais je suppose que lorsqu'il a eu son accident de travail il n'a pas craché sur la sécurité sociale et le personnel hospitalier ! Ne pas avoir fait d'études n'excuse pas tout

Écrit par : emmanuel | 11/01/2012

A Sylvain et Emmanuel, ce monsieur n'a jamais changé de discours depuis 20 ans que je le connais, et je ne pense pas qu'il changera. C'est un garçon courageux, travailleur, qui même avec un accident de travail à continuer à travailler, et dans cet article il n'a jamais dit qu'il "craché sur la sécurité sociale et le personnel hospitalier". Donc la critique est facile quand on ne connaît pas la personne, et qu'on ne prend pas en compte tout l'article.

Félicitation à lui et à son frère pour cette jolie entreprise et j'espère avoir l'occasion de passer rapidement dans sa boucherie!

Écrit par : Sophie | 15/01/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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