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14/11/2011

Jordan, 27 ans, interne en psychiatrie

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De ses yeux noisettes cachés derrière ses lunettes de vue, Jordan regarde à travers la vitre au dehors et se souvient de sa décision de devenir psychiatre. Cela est venu rapidement après les premières années de tronc commun, réalisant que la technique et les simples gestes comme « recoudre ou réduire les fractures », l’ennuyaient. Attiré par les enfants, par ce « supplément d’âme » qu’il trouve chez eux bien plus que chez les adultes, il devient pédo-psychiatre. Et aujourd’hui à 27 ans et à un niveau BAC+10, Jordan suit sa dernière année de médecine. Il est interne, c’est-à-dire officiellement médecin.

Avec ses dix années d’études, Jordan gagne environ 1700 euros par mois. Mais grâce aux gardes, il peut toucher un peu plus de 2000 euros : « A Paris, le salaire que je gagne sans gardes est juste suffisant. Cela me permet de vivre au quotidien mais pas de faire des projets ou des voyages ». Pourtant, Jordan ne se plaint pas, il se considère même comme un « privilégié » par rapport à la misère sociale qu’il côtoie tous les jours dans le cadre de son travail. C’est comme cela qu’il ressent la crise : à travers ses patients qui parfois s’inventent ou exagèrent des pathologies pour pouvoir fréquenter l’hôpital et « avoir des plats chauds car ils n’ont plus d’argent pour s’acheter à manger ». Alors oui, Jordan trouverait cela « incorrect » de se plaindre.

Son salaire à lui part dans son loyer de 810 euros, les dépenses courantes, les voyages qu'il peut se permettre grâce à l'argent qu'il gagne pendant les gardes, et enfin les livres. Car Jordan lit beaucoup, il se considère même parfois comme acheteur compulsif de bouquins. Tout y passe, la philosophie, les romans, les ouvrages de psychologie….et Jordan lit pendant les gardes de nuit ou le soir, avant d’aller dormir. Il suit également l’actualité mais trouve médiocre le traitement des médias français : « La Grèce, le triple A….j’ai l’impression qu’on nous a jamais autant parlé de tout, mais aussi de rien. Par exemple, on nous parle des 7 milliards d’êtres humains sur Terre et tout ce qu’on nous montre, c’est des images de bébés. Mais moi j’en m’en fous de l’image d’une gamine des Philippines ! Il n’y a aucune analyse, c’est pire que la météo !»

Jordan porte un regard indéniablement acéré sur la société actuelle. Nourri par un fort humanisme, il la trouve profondément individualiste, autistique : « Quand ca va mal, on a tendance à se recroqueviller, c’est un mécanisme de protection. Plus tu es dans une société de merde, plus tu te dis « chacun pour soi ». Une société qui va mal, une société où pour Jordan l’économie a pris le pas au détriment de tout le reste et surtout de l’humain. Il y a quelques années, il est parti au Togo pour une mission humanitaire. Il se souvient, amer, des propos tenus à l’égard d’une fillette malade : « ils disaient qu’on ne pouvait pas la sauver car elle n’avait pas d’argent pour une transfusion ». Et ça, Jordan n’accepte pas : « le fait que ce soit l’économie qui dicte le monde est une manière qu’a trouvé l’être humain de s’autodétruire puisque c’est lui-même qui a mis en place ce système ».

Il aimerait donc que les politiques sociales soient remises au cœur du débat de la présidentielle 2012. En tant que médecin, la santé lui est chère. Inconcevable pour lui qu’on puisse donner des coups de canif dans le secteur en ces temps d’austérité budgétaire: « ça touche la manière dont on soigne les gens et ça c’est insupportable ». Jordan, homme de gauche qui arrive tout de même à « dédiaboliser la droite », ne s’est retrouvé dans aucun des candidats à la primaire socialiste. Il votera quand même François Hollande, un choix « par raison et par défaut » car il ne veut pas d’un second mandat Sarkozy qui selon lui, a pêché par son style : « c’est plus une histoire d’homme que de politique. J’aurais peut être mieux toléré la même politique faite d’une autre manière avec un autre homme ». Lucide, fustigeant bien au-delà du sarkozysme, le système politique en général, il reproche au milieu de « brasser un certain type de personnalités, narcissiques, égomaniaques, mégalo, dans des postes où au contraire, il faudrait avoir une certaine humilité ».

Des révoltes et des interrogations que Jordan ne manque pas de partager avec ses amis, lui qui à côté de sa vie de médecin, aime sortir, aller au cinéma, et « refaire le monde sur un comptoir de café ». Des petites choses qui pour Jordan, participent à son bonheur de tous les jours : « Moi j’essaie de choper des petits bouts de bonheur là où je les vois ».


Julia Van Aelst

 

 

18:23 Écrit par Julia Van Aelst dans A visages découverts | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

« Moi j’essaie de choper des petits bouts de bonheur là où je les vois »

J'aime bien :) :) :)

Écrit par : sylvainj | 14/03/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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