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21/02/2012

Marie, 26 ans, saisonnière

 

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 Le chalet apparaît après un virage sinueux, il est là, tout de bois vêtu, au bord d’une route qui traverse la forêt de pins. A l’intérieur, il y fait chaud. On y sert de la raclette, des fondues, des pierrades, toutes les spécialités de la Savoie. C’est là que travaille Marie*, une jeune fille de 26 ans au large sourire et au peps indéniable.

 Si Marie a autant de dynamisme et de bonne humeur, c’est peut-être car elle se sent bien dans ce restaurant de Méribel, station réputée des Alpes. Et ce ne fut pas toujours le cas.

 Début 2010, elle se retrouve au chômage après deux ans en tant qu’assistante Ressources Humaines dans une entreprise de Lyon. La raison de sa démission? « Une entreprise trop capitaliste, incapable de valoriser ses salariés ». Marie s’est sentie « démoralisée par une absence de perspectives d'évolution, aucune augmentation de salaire, et une considération des supérieurs plus que moyenne ».Echaudée par le monde de l’entreprise, elle décide alors de changer radicalement de voie et de devenir saisonnière dans la restauration.

 Un secteur dynamique dans lequel « on est absolument sûr de trouver du travail » sans être pour autant obligé de passer par la case CDI : « le CDI, je n'en voulais plus, je voulais du CDD, qui me permettrait de sauter de job en job, sans me sentir "engagée à vie" ». De plus, les salaires n’ont rien à voir. Alors que Marie plafonnait à 1180 euros net quand elle était assistante RH, elle touche aujourd’hui 1800 euros, nourrie et logée. Et les pourboires lui rapportent environ 50 euros par semaine. Surtout, c’est un fort sentiment de liberté qui s’est emparé de la jeune saisonnière, elle qui aime « découvrir un nouveau lieu à chaque nouveau contrat et rencontrer des gens toujours nouveaux ». Et pendant les mois où elle ne travaille pas, Marie part loin, en Amérique du sud, en Europe de l’est…

 Marie admet pourtant que la vie de saisonnier exige des contreparties. Les heures de travail sont « considérables », au minimum 50 heures par semaine. A cela s’ajoute une quasi absence de jours de congés : « j'ai déjà travaillé plus de deux mois de suite sans un seul jour de repos ». Enfin, l’éloignement : « notre vie sociale et familiale de sédentaire est mise entre parenthèse pendant les cinq mois de la saison ».

 Financièrement, Marie dit « bien vivre » et ne pas vraiment ressentir la crise. Sa vie de saisonnière la protège en quelque-sorte de l’angoisse des charges fixes : pas de loyer, ni d’électricité à payer… Tous les mois, elle met un peu d’argent de côté « pour être à l'abri en cas de coup dur » et plutôt que de placer sur le long terme, préfère utiliser ses économies pour « se faire plaisir à l’inter-saison ». Finalement, ce métier semble assouvir sa passion pour le voyage. Son rêve est de « partir dans les grandes plaines américaines à cheval ».

 Ainsi va la vie de Marie qui se dit heureuse de « profiter de sa jeunesse et voyager ainsi » car elle aura, plus tard, « plein de choses à raconter à ses enfants! »

 Des stations de ski ou des plages où elle travaille, Marie ne perd pas une miette de l’actualité du monde. Les évènements qui l’ont marqués ces dernières années ? L’arrivée de Barack Obama au pouvoir, les révoltes arabes, la mort de Kadhafi, la Présidence de Nicolas Sarkozy…et d’ailleurs que pense-t-elle du Président sortant ? Principalement qu’il est déconnecté de la réalité de son pays: « Il ne sait pas à quel point les vrais gens n'ont plus d'argent pour bien vivre. Lui vit dans une sphère bourgeoise qui ne lui permet pas de comprendre ce qu'il se passe dans la vie d'un salarié lambda ». D’ailleurs, c’est tout un monde qu’elle fustige. Un monde dans lequel les dirigeants seraient « vicieux, intéressés, voyous », empêtrés dans des affaires de détournements de fonds, de prostituées, de copinage.

 Malgré cette vision très critique du monde politique, Marie ira voter dans quelques mois. Pour quel candidat, elle ne le sait pas encore. Son cœur penche tout de même: « ce sera un vote de gauche forcément, mais quelle gauche? ». Pour Marie, ce sera surtout le mois de mai, le début de la saison d’été. 

Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

09:03 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

15/02/2012

Alexis, 25 ans, C.R.S

 

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 Depuis trois ans, Alexis* parcourt la France avec ses collègues de la Police afin de « maintenir l’ordre » dans la population. Quand on lui demande quel est son métier, Alexis se présente comme un simple « fonctionnaire de Police ». En réalité, il est CRS mais ne souhaite pas vraiment en parler. Le terme est comme tabou, Alexis ne s’en vante pas et n’en est pas fier pour un sou. Pourquoi un tel camouflage de son activité ? Car à 25 ans, ce jeune originaire de banlieue parisienne n’aime pas son métier.   

 Au départ pompier, puis gendarme, il s’est retrouvé CRS un peu par hasard. Ce sont ses collègues, à la sortie de l’Ecole de Police de Nîmes, qui lui ont conseillé de le devenir - beaucoup d’avantages disaient-ils, faisant surtout référence aux jours de congés, jusqu’à cinq mois à l’année… Or Alexis avait besoin de temps car à côté de sa vie professionnelle, il a voulu continuer des études de sociologie à la fac. Alexis a finalement intégré le « corps d’encadrement et d’application » et s’est retrouvé à arpenter les banlieues difficiles.

 Depuis, Alexis exerce un métier qu’il n’apprécie guère. La faute à une certaine mentalité. Il y a d’abord les jugements, les jalousies intestines. Les jeunes par exemple, sont mal vus. Alexis, qui mène des études en parallèle, en fait souvent les frais : « pour eux cela signifie que je suis amené à évoluer, à atteindre des grades supérieurs, voire à quitter la Police pour un boulot avec plus d’avantages. Et ils ne supportent pas ». Ensuite, il y a la mentalité du « moins on en fait, mieux on se porte » qu’Alexis ne cautionne pas : « on peut se retrouver à faire des missions fantômes, par exemple aller dans une cité et se cacher dans une allée où il n’y a rien, on se planque et on attend !  ». Enfin, il y a une incompréhension avec ses collègues quand il s’agit des jeunes de banlieues. Lui est pour le dialogue alors « qu’il y a beaucoup de CRS plus âgés qui ne laissent pas instaurer ce dialogue-là. Ils me disent de ne pas leur parler. En fait il y a derrière une volonté de garder notre image de « méchants », de « cons écervelés », voire même de « violents ».

 Malgré tout, Alexis n’a pas l’intention de démissionner demain. Il a besoin de boulot, d’argent, et ce travail lui procure une relative sécurité en période de crise : « Je suis très prudent, si je quitte mon poste c’est pour quelque-chose de sûr qui m’apporte autant d’avantages et de garanties. Je ne partirai pas à l’aveuglette. Il y a quelques années, tu pouvais encore le faire si tu étais débrouillard. Maintenant c’est moins possible ». Mais Alexis l’admet : « la crise remet en question le fait d’avoir un travail dans lequel on s’épanouit pleinement ».

 Alors il attend patiemment le jour où il pourra faire un métier qui lui plaît. Son rêve ? Passer les concours de la diplomatie ou travailler dans la gestion de conflits et de crises. Et il y croit fort. Alexis, qui est d’un naturel optimiste, pense que ses expériences en gendarmerie et dans Police pourraient se transformer en atouts.

 En attendant, Alexis profite des avantages de son poste : « Je suis fonctionnaire, j’ai un salaire qui tombe tous les mois et je ne peux pas être viré ». Un vrai luxe en temps de crise … malgré un salaire moyen. Le jeune CRS gagne 1733 euros net par mois. Financièrement, il arrive à s’en sortir mais c’est grâce à ses parents qui ont accepté de lui verser 700 euros par mois pendant deux ans : « Sinon je n’arriverais pas à joindre les deux bouts, il ne me resterait rien à la fin du mois ».Grâce à cette aide, Alexis arrive à un peu économiser. Par exemple, il met 50 euros de côté tous les mois« pour avoir une petite réserve disponible immédiatement en cas de pépin de la vie quotidienne, genre fuite d’eau ». Celui lui permet aussi de faire face à la hausse de prix qu’il ressent énormément : « en 2004-2005 je faisais le plein de courses pour 50 euros, maintenant c’est plutôt 90 ! ».

 Politiquement, Alexis est de droite. Il votera donc Nicolas Sarkozy, plus pour l’UMP – le parti qui représente ses idées, que pour le personnage en lui-même. Ce qu’il a aimé chez Nicolas Sarkozy, ce sont toutes ses réformes. Alexis pense que la France en avait grandement besoin. En revanche, il a été dérangé par le « casse-toi pov con » : « il avait demandé à la Police d’être irréprochable, respectueuse… et en tant que Président, il se permet d’insulter quelqu’un ! ». Inacceptable aux yeux de ce jeune CRS pour qui la politesse et le respect restent des valeurs fondamentales. Il votera donc à droite en 2012, et à terme, espère quitter la France car il ne se voit pas rester dans un pays « qui renie sa culture et qui devient invivable en terme de civisme ».

Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

16:26 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |  Imprimer |

18/10/2011

Lucie, 26 ans, consultante internationale

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Il y a quelques mois, Lucie*, 26 ans, a regardé « Inside Job », ce film documentaire américain expliquant l’origine de la crise des subprimes et la chute de Lehman Brothers. Depuis, la crise est toujours là, et Lucie repense souvent à ce film, révoltée car rien n’a changé, car « ceux qui s’en sont sortis sont ceux qui sont la cause du problème ». Ceux qui s’en sont sortis, ce sont les « riches », qui selon elle, continuent de s’enrichir et les pauvres de s’appauvrir. Lucie est également révoltée contre ceux qui se trouvent au cœur des rouages de l’économie et qui pourtant, semblent ne pas avoir conscience de ce qu’ils font : « J’ai un ami qui travaille dans la finance, il gagne beaucoup d’argent mais il me le dit lui-même : il ne sait pas exactement ce qu’il fait et sur quoi il joue. C’est de la pure spéculation ». Spéculation, fuite en avant, quête de salaires toujours plus hauts…Lucie dit ressentir toutes ces dynamiques dans la société où elle vit : « Apparemment, tout le monde serait heureux avec 10% de salaire en plus, mais quand tu leur demandes s’ils sont heureux une fois qu’ils ont ces 10%, ils ne le sont toujours pas. C’est la poursuite, c’est Inside Job ».

Lucie elle, travaille loin du monde de la finance. Elle est consultante internationale dans une grande agence de communication à Paris, où elle gagne environ 2100 € net par mois. Contrairement à beaucoup de monde,  elle ne se sent pas mal payée : « J’ai de quoi vivre, un toit, j’économise, je n’ai pas l’impression d’être dans le besoin ».  Elle avoue quand même se poser des questions car beaucoup d’amis autour d’elle parlent augmentations, carrière…Mais Lucie se dit heureuse avec ce qu’elle a. Ce qui lui importe plutôt, c’est sa famille, ses amis, son compagnon, et surtout, ce « juste équilibre entre le temps de travail et la vie privée ».

D’ailleurs pour se défouler du stress de la ville et du travail, Lucie fait beaucoup de sport et peint aussi, parfois. Elle aime lire les romans d’Anna Gavalda ou de Guillaume Musso, qu’elle considère comme « une bouffée d’air pur quand ça ne va pas », et lit tous les jours les journaux pour suivre l’actualité. Lucie préfère cela à la lecture hâtive des titres sur Internet, car elle aime « toucher, découper, rassembler » le papier.

Ecologiste et végétarienne convaincue, Lucie est une électrice du « centre-vert », doublée d’une « militante des actions concrètes » qui apporte parfois son aide et son argent à des ONGs comme Sidaction, Greenpeace ou Action contre la faim.

Pour 2012, elle a un sujet qui lui tient à cœur : celui de l’environnement et des énergies renouvelables : « On ne sait pas où l’on va. Après Kyoto, il n’y a plus rien. Après Rio, il n’y a rien. Et à côté de ça, il y a Fukushima. Qu’est ce qu’on fait ? Vers quoi l’on tend ? ». Malgré ce cri du coeur, elle ne sait toujours pas pour qui voter, reprochant paradoxalement aux partis de l’écologie politique d’être trop « unilatéraux sur le vert », de ne pas assez aborder les autres sujets de société.

C’est pourquoi les votes de Lucie fluctuent souvent à droite et à gauche de l’échiquier politique au gré des candidats et des projets politiques. Aujourd’hui, même si elle suit avec assiduité les débuts de la campagne présidentielle, elle la juge « morose », faute de « vrai débat et de réel projet ». Aucun candidat ne retient son attention. Cette ancienne électrice de François Bayrou en 2007 estime même que « les plus intéressants et les plus drôles sont ceux qui ne seront pas élus ».

Le Président sortant ? Elle trouve qu’il a eu le mérite de « remettre les Français au travail » mais en revanche, elle n’a apprécié ni sa politique d’immigration, ni sa « politique de copinage » avec les grands patrons, le scandale de son fils Jean à la tête de l’Epad en 2009, tout ce « réseautage façon Neuilly sur Seine ». Elle ne votera donc pas pour lui.


Julia Van Aelst

* le prénom a été modifié

18:54 Écrit par Julia Van Aelst dans Anonymes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer |

 
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